France Acouphènes - 92 rue du Mont Cenis - 75018 Paris - Tél : 0 820 222 213

Acouphènes somato-sensoriels et pluridisciplinarité au 6e colloque de l’Afrepa

Par Bruno Scala avec l’aimable autorisation de Guillaume Bureau, rédacteur en chef de Audio Infos

Les membres de l’Afrepa se sont réunis les 11 et 12 septembre 2015 à Nantes, pour la 6e édition du colloque annuel de l’association. Ateliers et conférences résolument pluridisciplinaires, autour de la thématique des acouphènes somato- sensoriels, ont rythmé ces deux jours auxquels près de 300 professionnels ont participé.

afrepa 6

 

 

 

 

 

De gauche à droite, Arnaud Norena, du comité scientifique de l’Afrepa,

le Dr Chritine Holer-Houdoux, organisatrice de cette 6e édition,

Susan Shore, spécialiste des acouphènes somato-sensoriels et invitée d’honneur de ce colloque,

le Dr Marie-José Fraysse, présidente de l’Afrepa,

et Alain Londero, spécialiste des acouphènes.

 

 

 

 

 

C’est à Nantes que se sont réunis cette année les membres de l’Afrepa, pour leur colloque annuel. La thématique de cette 6e édition du colloque portait sur les acouphènes somato-sensoriels, « leur physiopa- thologie, leur prise en charge, et ainsi faire le parallèle avec la douleur », comme l’a expliqué le docteur Christine Holer-Houdoux, qui présidait le comité organisateur de cette édition. « De la souffrance physique à la souffrance psychique, il n’y a qu’un pas », a-t-elle commenté lors de son discours ouvrant la séance plénière du samedi, justifiant ainsi la prise en charge pluridisciplinaire des patients acouphéniques, leitmotiv des membres de l’Afrepa.

Près de 300 personnes étaient présentes lors de cet événement, principalement des audioprothésistes. Les médecins ORL et les sophrologues étaient également nombreux. Et parmi les orateurs, les organisateurs avaient invité quelques personnalités de renom, notamment la chercheuse américaine Susan Shore, de l’université du Michigan (États-Unis), spécialiste des acouphènes somato-sensoriels à la renommée inter- nationale. « Nous sommes très contents que Susan Shore ait répondu favorablement à notre invitation, s’est réjouie le Dr Holer-Houdoux. C’est une sommité dans le domaine des acouphènes somatosensoriels. Sa présentation était incontestablement le moment fort de ce colloque. »

Des essais cliniques en cours

C’est précisément Susan Shore qui a ouvert le bal des conférences, en faisant le point sur les dernières connaissances et avancées scientifiques en termes d’acouphènes somato-sensoriels. Par ailleurs, elle a présenté une étude que son équipe a réalisée sur des cochons d’Inde et dont les résultats ont été publiés en 2013 : les chercheurs de l’université du Michigan ont montré pour la première fois, in vivo, qu’en stimulant les systèmes auditif et somato-sensoriel d’un rongeur acouphénique selon un timing bien précis, il était possible de diminuer ou augmenter signifi- cativement l’acouphène. Suite à ces études, les chercheurs ont conçu un appareil, protégé par deux brevets, l’un américain (US 20140275737 A1) et l’autre international (WO 2014145914 A1), qui permet de réduire, voire supprimer, les acouphènes somato-sensoriels de certains patients, en délivrant des stimulations électriques au niveau de la deuxième vertèbre cervicale et au niveau de la mâchoire.

« On leur propose un dispositif qu’ils peuvent rapporter chez eux, décrit la chercheuse améri- caine. Le traitement que l’on teste consiste en des sessions de stimulations de trente minutes, une fois par jour pendant quatre semaines, et concerne les personnes qui peuvent moduler leur acouphène, à savoir 80% des acouphéniques. Mais seulement 15% d’entre eux le savent ». Par ailleurs, des études cliniques ont été lancées sur 25 personnes acouphéniques et les premiers résultats devraient être disponibles à la fin de l’année 2015, comme l’a indiqué Susan Shore lors de sa présentation.

Résolument pluridisciplinaire !

La séance plénière de ce colloque, du fait de sa thématique, a également vu la participation de professionnels aux spécialités bien hétérogènes. Ainsi, le Dr Luis Garcia-Larrea, du Centre de recherches en Neurosciences de Lyon, a fait le rapprochement entre la douleur neuropathique, son domaine d’étude, et les acouphènes : dans les deux cas, la douleur décrite survient en l’absence de stimulus. Le Dr Norbert Teisseire, rhumato- logue à Angers, a présenté quelques gestes que l’on peut effectuer en ostéopathie pour atténuer certains acouphènes, et notamment les plus récents, tandis que le Dr Éric Bardot, psychiatre à Nantes, a exposé l’apport de la méthode HTMSA (pour hypnose, thérapies stratégiques et mouvements alternatifs), qui permet « d’utiliser l’hypnose pour défocaliser » le patient de son acouphène.

Ces présentations montrent que l’Afrepa étend encore davantage sa pluridisciplinarité, même si, bien sûr, des spécialistes de l’audiologie ou des acouphènes, comme l’audioprothésiste Philippe Lurquin, les chercheurs Paul Avan et Agnès Job ou encore les professeurs Bernard Fraysse et Philippe Bordure, ont également participé à ces conférences.

© Bruno Scala

Questions au Dr Christine Holer-Houdoux

Pourquoi avoir choisi la thématique des acouphènes somato-sensoriels ?

Dr Christine Holer-Houdoux Tout simplement parce que c’est quelque chose que l’on suspecte de longue date quand on est clinicien : on se dit qu’il y a des symptômes qui pourraient évoquer le lien entre l’acouphène et le système somato-sensoriel. Par ailleurs, nous en sommes au sixième colloque et nous avions un peu l’impression de tourner autour des mêmes thématiques (la perte d’audition et l’acouphène qui en découle, les problèmes psycholo- giques qu’il faut traiter...). Or, nous lisions de plus en plus d’articles sur les acouphènes somatosensoriels dans les articles scientifiques internationaux.

Il y a environ un an, je me suis rendue à Toulouse pour une grande réunion de chercheurs sur les acouphènes au sens large, organisée par Marie-José Fraysse et Arnaud Norena, qui avait déjà collaboré avec Susan Shore, et a proposé de l’inviter pour le congrès. Et je pense que cette thématique a intéressé les membres de l’Afrepa : nous avons gravi une petite marche et nous avons désormais quelque chose de plus à expliquer à nos patients.

Est-ce difficile de préparer un programme à même de satisfaire l’ensemble des professions réunies dans l’association ?

Dr Christine Holer-Houdoux C’est évident. Et c’est pour cette raison que nous gardons les ateliers le vendredi. Le samedi, la séance plénière permet de fouiller un thème en particulier, mais les ateliers du vendredi ont pour but d’intéresser tout le monde. Car le problème de ces réunions c’est qu’elles visent un public assez hétérogène : des ORL qui viennent s’informer, des sophrologues qui ont un bagage intéressant pour tout ce qui est psychologie humaine, mais qui sont un peu moins connaisseurs de la physiologie et de l’ana- tomie, etc. Et c’est aussi pour cela que lors de la deuxième partie de la séance plénière, nous avons fait intervenir des psychiatres, des professionnels qui ont parlé de clinique, plus que de recherche.

Le champ de recherche de certains invités allait même au-delà des professions représentées à l’Afrepa. Est-ce que c’est une volonté d’étendre encore davantage la pluridisci- plinarité de l’association ?

Dr Christine Holer-Houdoux Oui, je pense. Notre raison d’être, est de prendre mieux en charge nos patients et, surtout, de nous ouvrir, à d’autres compétences, à des professionnels qui voient finalement les mêmes patients que nous. Par exemple, les douloureux chroniques et les acouphéniques posent les mêmes problématiques : traiter le symptôme, mais aussi traiter la psyché, car ce sont des personnes fragilisées, souvent anxieuses et qui, par voie de conséquence, peuvent être sujettes à la dépression... Il y a des points de convergence, qui font que nous avons beaucoup à apprendre des professionnels qui voient d’autres patients pour d’autres symptômes, mais qui ont des modes de prises en charge qui peuvent nous être utiles !

 

TINNITUSSIMO - 4e TRIMESTRE 2015

Enregistrer