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Acouphène et hyperacousie au coeur de la Journée nationale de l’audition du 13 mars 2014

par Katia Delaval, pour Audio infos

Pourquoi un focus sur les acouphènes et l'hyperacousie ?

Parmi les troubles de l’audition, les acouphènes (bourdonnements et siffl ements dans la tête et dans l’oreille) et l’hyperacousie (hypersensibilité aux bruits normalement supportés) sont des symptômes de plus en plus fréquents au sein de la population française. Entre 2 et 2,5 millions de Français de tous les âges sont officiellement déclarés acouphéniques (source : association France Acouphènes). Mais on estime que 6 à 8 millions de personnes en souffriraient en silence (soit 10 % de la population Française). Environ 2 % de la population présente des symptômes d’hyperacousie. L’origine de ces troubles de l’audition est multiple : Traumatisme Sensoriel Auditif, usure des mécanismes de l’oreille avec l’âge, choc émotionnel, médicaments ototoxiques… Vivre avec ces gênes ou troubles en permanence est insupportable et provoque fatigabilité, dégradation de la vie intellectuelle, physique, psychique et sociale. Les acouphènes, comme l’hyperacousie, sont reconnus aujourd’hui comme des pathologies ORL. Jeunes, adultes, seniors, toutes les tranches d’âge sont concernées.

En amont de la 17e Journée nationale de l’audition, l’association éponyme a présenté les résultats d’une enquête menée auprès des Français sur les acouphènes, thématique phare de cette année. Qui est touché ? Quelles en sont les causes ? Quelles solutions utilisent les Français pour les soulager ? Éléments de réponse.

jna 2014

 

De gauche à droite : Pascal Foeillet, ORL, secrétaire général de l’association JNA, Roselyne Nicolas, Vice-présidente de l’association JNA et Présidente de France Acouphènes, Jean Stanko, Président de l’association JNA, et Paul Zylberberg, Vice-président de l’association JNA.

© Katia Delaval

 

 

 

En amont de sa 17e campagne, l’association Journée nationale de l’audition (JNA) a mené une enquête en partenariat avec l’institut Ipsos et le Crédit Agricole, portant principalement sur les acouphènes, afin d’attirer l’attention des pouvoirs publics et du grand public sur ce phénomène. La santé auditive et l’hyperacousie y étaient également abordées. Le sondage a été réalisé en ligne, du 10 au 17 février, auprès de 900 personnes, échantillon représentatif de la population française âgée de 16 à 75 ans.

L’audition au coeur des préoccupations de santé des Français

L’enquête a révélé en premier lieu que la perte des capacités auditives était en quatrième position des inquiétudes des Français concernant la santé, derrière la perte d’autonomie, la perte des capacités visuelles et être victime d’un AVC. Ils sont en effet 44 % à s’en inquiéter. Et ce, quel que soit l’âge, puisque même les 16-34 ans sont 42 % à la citer comme source de préoccupation

- « L’audition devient un critère de santé pour toutes les tranches d’âge », commente François de Sars, directeur général adjoint de l’institut Ipsos. Selon cette étude, les Français sont 89 % à avoir le sentiment que la limitation des capacités auditives a un impact sur la vie sociale, mais également sur les capacités scolaires (85 %), sur le moral et l’anxiété (82 %) ou encore sur les capacités de travail (81 %).

Et cette inquiétude s’accompagne d’une prise de conscience de la nécessité de protéger ce sens face à des expositions sonores élevées. Selon l’étude, 88 % des sondés placent une exposition sonore élevée (travail, baladeur, concert, MP3) parmi les causes principales de la perte des capacités auditives, devant le vieillissement naturel du système auditif (80 %).

Le fort impact des acouphènes

La moitié des personnes interrogées reconnaît avoir déjà ressenti des acouphènes. Ce chiffre, inquiétant en soi, l’est encore davantage quand on considère sa répartition selon l’âge : il est significativement plus élevé chez les jeunes – 55 % chez les 16-34 ans – que chez les seniors (44 % chez les 50 ans et plus). Plus précisément, 29 % des interrogés déclarent avoir ressenti un acouphène, mais qu’il a totalement passé. Plus de la moitié des sondés (53 %) affirme en connaître de temps en temps et 16 %, fréquemment.

Si l’on extrapole ces résultats à l’ensemble de la population française âgée de 16 à 75 ans, soit près de 46 millions de personnes, cela signifi e qu’il y aurait plus de 12 millions d’acouphéniques chroniques et plus de 3,7 millions d’acouphéniques définitifs.

« Il existe une différence entre ressentir des acouphènes et en souffrir », nuance Pascal Foeillet, ORL et secrétaire général de l’association JNA.

Fait surprenant

Les acouphéniques considèrent les acouphènes comme moins gênants que les non-acouphéniques (93 % contre 82 %). L’ensemble des Français estime que la gêne causée par les acouphènes entraîne principalement des difficultés de concentration (81 %) ou de compréhension (78 %). Sont cités également, comme conséquences de cette gêne, des troubles du sommeil (65 %) et de l’anxiété (62 %).

Parmi les personnes ayant déclaré avoir connu ou connaître encore des acouphènes, 33 % les attribuent à un trauma sonore (lié à une activité de loisirs pour 20 % et au bruit au travail pour 13 %).Et parmi ceux qui ont désigné une activité de loisirs comme cause de leur acouphène, 70 % ont plus particulièrement pointé du doigt la musique amplifiée – concert ou discothèque pour 57 %, écoute de musique sur MP3 pour 13 %.

« Les acouphènes n’ont pas tous pour origine un trauma sonore, » a toutefois rappelé Roselyne Nicolas, Vice-présidente de l’association JNA et Présidente de France Acouphènes. « Une multitude de causes peuvent donner des acouphènes : un choc émotionnel, des médicaments ototoxiques, des problèmes de cervicales, de mâchoires, etc. ».

Et l’acouphène impacte la qualité de vie. Depuis l’apparition de leur acouphène, les personnes qui en souffrent encore actuellement estiment être plus irritables (35 %), plus anxieuses (26 %), moins gaies (22 %) ou encore davantage isolées des autres (20 %). Selon elles, les acouphènes perturbent leur vie sociale (24 %), familiale (21 %), professionnelle (20 %) ou culturelle (16 %). Elles sont même 17 % à se déclarer perturbées dans l’ensemble de leurs activités.

De nombreux acouphéniques non pris en charge

Malgré les gênes ressenties, 51 % des personnes ayant souffert ou souffrant encore d’acouphènes n’ont jamais consulté ! 33 % ont toutefois consulté un médecin ORL et 23 % un généraliste, 5 % un médecin du travail et 2 % un audioprothésiste.

Parmi ceux qui ont consulté, 53 % affi rment que l’on ne leur a rien prescrit ou conseillé. S’il n’existe certes aucun traitement pour guérir les acouphènes, il est possible de les soulager par différentes approches. Comme solution à leur problème d’acouphènes, 30 % se sont vus proposer un traitement médicamenteux et 7 % une aide auditive. Une grande majorité (77 %) n’a pas été orientée vers des médecines alternatives. Toutefois, ont été suggérées l’homéopathie (6 %), l’ostéopathie (6 %), l’acupuncture (4 %), les TCC (2 %), la sophrologie (2 %) et la psychothérapie (1 %).

« Pendant longtemps, les plaintes des patients acouphéniques n’ont pas été suffi samment prises en compte » concède Martine Ohresser, ORL et ex-présidente de l’Association française des équipes pluridisciplinaires en acouphénologie (Afrépa). « Mais des progrès ont été réalisés dans ce domaine. Il existe aujourd’hui en France une trentaine d’équipes pluridisciplinaires spécialisées dans leur prise en charge.

Quid de l’hyperacousie ?

Comme l’acouphène, l’hyperacousie est aujourd’hui reconnue comme une pathologie ORL.

Elle est moins connue de la population française que les acouphènes : selon cette enquête, seuls 29 % des sondés connaissaient ce terme, alors qu’ils étaient 88 % à connaître celui d’acouphène. Les seniors sont davantage concernés par ce phénomène puisqu’ils sont 32 % à savoir le définir. Mais toutes les tranches d’âges semblent concernées par l’hyperacousie puisqu’ils sont 27 % à ressentir ou avoir déjà ressenti une intolérance à des bruits faibles ou tolérés par les autres. Et, ce dans toutes les classes d’âges étudiées par l’enquête. «

L’erreur que font les personnes atteintes d’hyperacousie est de se protéger des bruits qui leur sont insupportables ! » Déplore le Dr Martine Ohresser, ORL et membre du comité scientifique de la JNA. « Pour soigner l’hyperacousie le traitement se fait en rééduquant l’oreille, en faisant porter au patient un générateur de bruit blanc. » L’oreille du patient se réhabitue ainsi à supporter ces sons.

 

 Le cas de l’hyperacousie


par Dr. Martine Ohresser, médecin ORL, co-fondatrice de l’AFrEPA et membre du Comité Scientifique de la JNA

L’hyperacousie se définit comme une hypersensibilité aux sons de l’environnement, pour des intensités jugées tout à fait tolérables par le sujet normal. La sensation peut aller du simple inconfort à une sensation douloureuse intolérable.

Elle concerne environ 2 % de la population et la plupart du temps elle s’accompagne d’une audition tout à fait normale. Elle peut être unie ou bilatérale et 40 % des patients acouphéniques ressentent également une hyperacousie. C’est un symptôme très fréquent chez les musiciens. Bien souvent, le patient a pris l’habitude de porter des bouchons d’oreille pour se protéger de l’environnement sonore agressif et il faut déjà lui expliquer que c’est une très mauvaise solution puisque plus il va protéger l’oreille, plus l’oreille va être intolérante à l’environnement sonore. Le bilan auditif est le plus souvent normal et il est important de rechercher les seuils de confort et d’inconfort auditifs qui sont objective ment abaissés chez le sujet hyperacousique.

Chez le sujet normal, les seuils de confort se situent à 60 dB du seuil auditif, ils sont de 30 à 40 dB chez l’hyperacousique. Les seuils d’inconfort se situent normalement vers 110 voire 120 dB, ils peuvent se situer autour de 70 à 80 dB chez le sujet hyperacousique. Si le traitement est bien conduit, on va voir progressivement ces seuils de confort et d’inconfort reprendre leur position normale. Le traitement est univoque : c’est la rééducation de l’oreille aux sons en faisant porter au patient des générateurs de bruit blanc.

Le bruit blanc est un son très stable qui ressemble à un souffle. Il est réglé très bas pour ne pas être agressif. On demande au patient de porter les bruiteurs toute la journée et au bout de deux à trois semaines on augmente d’un premier niveau l’intensité du bruit blanc et on procède ainsi par paliers successifs. Quand l’hyperacousie est récente, une rééducation de trois à quatre mois suffi t généralement à rétablir un fonctionnement normal. Si l’hyperacousie est plus ancienne, cette rééducation peut être plus longue, six, huit mois par exemple. On consacre généralement un mois à quitter les bruiteurs progressivement.

Mais, des manifestations émotionnelles peuvent s’associer à l’hyperacousie, c’est généralement le cas des hyperacousies anciennes où le patient peut mettre en place des comportements d’évitement : « Je ne sors plus de peur d’abîmer mes oreilles ». La rééducation par bruiteurs se fera de la même façon que précédemment mais il faudra associer une prise en charge psychologique de type sophrologie ou thérapie cognitive et comportementale comme nous l’avons évoqué pour l’acouphène. Il est alors très parlant pour le patient de lui montrer que les seuils d’inconfort sont revenus à la normale et que si la gêne persiste, c’est en raison de phénomènes émotionnels associés. La prise en charge de l’hyperacousie fait donc aussi appel comme l’acouphène à une équipe pluridisciplinaire avec l’ORL, l’audioprothésiste et parfois les psychologues.

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