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Conférence du docteur Bruno Pannetier 

ORL responsable de la consultation acouphènes à l’hôpital Charles Nicolle de Rouen, Août 2009 -


Le 12 août 2009, profitant du séjour dans la région du Dr Bruno Pannetier, ORL responsable de la consultation acouphènes à l’hôpital Charles Nicolle de Rouen, l’antenne Drôme Ardèche a organisé une conférence dans les locaux que la mairie de Saint Sernin met gracieusement à sa disposition. À la surprise de tous, en dépit des congés d’août et de la canicule, ce sont environ quatre-vingt personnes qui se sont déplacées pour écouter l’orateur nous entretenir du sujet qui le passionne et nous concerne tous : les acouphènes.
Après quelques rappels sur l’épidémiologie, la définition des acouphènes et leurs origines, le Dr Pannetier a insisté sur le fait que tous les acouphènes ont une ou des causes et que tous les patients doivent sortir de la consultation avec un diagnostic sur l’origine de leurs acouphènes.
Il a aussi souligné l’inutilité de certains examens comme le doppler (les acouphènes n’étant qu’exceptionnellement liés à des bruits vasculaires cervicaux transmis) et le scanner (l’acouphène n’étant qu’exceptionnellement en relation avec une tumeur cérébrale, laquelle est, de toute manière, révélée par bien d’autres symptômes que l’acouphène).
Pour le conférencier, il est indispensable que le médecin parle des craintes du patient, du fait que la crainte augmente l’amplificateur auditif et de la différence entre le symptôme et le vécu qu’il génère. En revanche, il est des choses à ne pas dire comme « c’est vasculaire », « c’est incurable », « on n’en connaît pas la cause », « c’est très compliqué à guérir », « vous allez vous habituer ».

Le Dr Pannetier recommande et pratique ce qu’il nomme une prise en charge raisonnée.


 Il écoute le patient, connaît et évalue le retentissement des acouphènes sur sa vie ;
 Il soigne les symptômes associés ; insomnie, dépression… a évoqué le rôle de béquille de certains médicaments comme le clonazépam qui diminue l’excitabilité des terminaisons nerveuses mais ne doit être utilisé que temporairement.
 Il insiste sur l’importance de l’appareillage auditif dans la prise en charge, l’acouphène étant dans la grande majorité des cas lié à la perte auditive. Il en explique le principe d’action de manière très imagée, comparant l’acouphène à la dose de pastis dans le verre. Si le verre est plein d’eau (audition normale), le pastis (acouphène) est dilué et l’acouphène faiblement entendu ; si le verre reçoit peu d’eau (perte auditive), le pastis sera fort, il en sera de même de l’acouphène. Il compare aussi l’acouphène à un rocher dans la mer pour expliquer l’efficacité des générateurs de bruit. À marée basse (peu de bruit) le rocher (acouphène) est bien visible tandis qu’à marée haute (bruit environnant) le rocher sera invisible.
 Le but de la prise en charge est l’habituation au symptôme. Plusieurs méthodes peuvent permettre de l’atteindre : les Thérapies Cognitives et Comportementales, les Générateurs de Bruit Blanc, l’apprentissage de l’autohypnose qui permet d’accéder à un état de conscience particulier entre vigilance et sommeil. C’est la méthode de prédilection utilisée à l’hôpital Charles Nicolle où une étude a montré qu’environ 2/3 (73 %) des patients tout venants étaient améliorés après traitement par l’autohypnose (les acouphènes ont disparu chez 14 % des sujets, sont faiblement améliorés chez 33 % et fortement améliorés chez les 26 % restants).

Répondant à une question du public, l’orateur a déclaré que même lorsque l’habituation à l’acouphène est bien installée il est prudent de consulter un ORL tous les 2 ou 3 ans pour vérifier l’audition et son évolution.

Enfin, le Dr Pannetier nous a présenté quelques perspectives d’avenir :

Médicamenteuses et génétiques : injections intratympaniques d’anti glutamate après traumatisme acoustique aigu, traitement par le Neramexane molécule inhibitrice des récepteurs NMDA fabriquée par les laboratoires MERZ actuellement en test de phase 3, perspectives génétiques comme l’injection de gènes permettant actuellement seulement chez le rongeur de régénérer des cellules ciliées à partir de cellules non différenciées.

Stimulations électriquespar les implants cochléaires en cas de surdité totale.

Stimulations magnétiques corticales : déjà utilisées par certaines équipes mais aux résultats inégaux.
Tout au long de la conférence, l’auditoire, profitant pleinement de l’occasion qui lui était offerte, a posé de très nombreuses questions au Dr Pannetier dont il a pu apprécier l’extrême compétence. Après des applaudissements nourris, chacun a regretté de ne pas pouvoir dans la région, consulter un médecin possédant une telle expertise et de telles qualités pédagogiques.


Tinnitussimo n°66 -