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France Acouphènes au 1er colloque de l’AFrEPA - 4 et 5 Juin 2010 -

 

Par Sylviane Chéry-Croze

Le vendredi 4 juin et le samedi 5 juin 2010 s’est tenu à Paris, dans le cadre du Conservatoire National des Arts et Métiers, le premier colloque de l’association AFrEPA (Association Française des Equipes Pluridisciplinaires en Acouphénologie) avec pour thème la formation à la prise en charge de l’acouphène chronique. À noter que 101 personnes s’étaient inscrites : une réussite pour la première manifestation de cette jeune association comptant actuellement 30 adhérents.


Le vendredi après-midi était consacré à 10 Ateliers pratiques animés par des membres de l’association AFrEPA.

Programme des conférences plénières :

Notions de physiopathologie de l’acouphène
Par le professeur Jean-Luc Puel


À travers la présentation des résultats de diverses études réalisées sur les Disc Jockey des discothèques de Montpellier ou sur les modèles animaux d’acouphènes induits par l’aspirine ou par traumatisme auditif mis au point dans son équipe, ouvrant pour l’Homme, des perspectives de traitements médicamenteux de la presbyacousie précoce et des acouphènes par divers antiglutamates délivrés dans l’oreille moyenne à proximité de la fenêtre ronde par un cathéter. Un essai compassionnel réalisé en Allemagne par le Pr Lenarz sur 7 patients atteints d’acouphènes intolérables a montré une diminution des acouphènes qui revenaient quand on enlevait le cathéter. Le développement de cette prise en charge nécessite donc un système implantable à demeure pour la délivrance continue du médicament. C’est pourquoi un Consortium impliquant l’INSERM, le CEA de Grenoble, l’Institut Européen des membranes et l’Institut d’électronique, de microélectronique et de nanotechnologie de Lille, vient d’être créé pour mettre au point dans les quelques années qui viennent un système implantable fiable.

Neurophysiologie de l’émotion
Par le professeur Théodore Yves Nassé, Psychologue clinicien, Présidant l’Institut Européen de Recherche en Sophrologie et Psychothérapie

Il a  traité de la neurophysiologie de l’émotion, en nous présentant des résultats d’études des réponses émotionnelles et d’imagerie cérébrale.

Prise en charge des acouphènes par Thérapies comportementales et cognitives
Par le docteur Peignard

Qui a développé en France la prise en charge des acouphènes par Thérapies comportementales et cognitives et nous en a exposé les grandes techniques. Le Pr Elena Sampaio, du CNAM, a présenté le projet commun de thérapie par « neurofeedback » sur lequel ils travaillent actuellement. Il s’agit de mettre au point un programme dans lequel les patients apprennent à augmenter l’activité alpha de leur électroencéphalogramme sans trop abaisser leur activité,conditions qui, d’après une étude allemande publiée en 2007, s’accompagne d’une forte diminution de l’intensité de l’acouphène.

Synthèse des connaissances en matière d’imagerie fonctionnelle des acouphènes
Par le docteur Arnaud Coez

Recherche pratique
Par le professeur Bruno Frachet

Il nous a entretenu sur les voies de recherche pratique : instillation intra-cochléaire avec l’étude Neurosystec dont nous vous avons déjà parlé dans ces pages, concernant les acouphènes unilatéraux sur cophose apparus depuis 10 ans au plus, et non plus depuis 12 mois maximum
un amendement ayant été apporté récemment au protocole) et aussi stimulation électrique par électrode implantée, éventuellement posée sur la fenêtre ovale et associée à une délivrance médicamenteuse à travers la fenêtre ronde.
La stimulation du nerf vague (encore nommé nerf pneumogastrique ou nerf X) en tant que vie d’accès au système limbique, pourrait aussi être envisagée comme elle est déjà utilisée dans le traitement de l’épilepsie ou de la dépression.

Point sur les stimulations cérébrales et magnétique transcrânienne

Par le docteur Alain Londero

Il a insisté sur le fait que ces techniques peuvent calmer l’acouphène mais ne l’arrêtent pas, que la stimulation est d’autant plus efficace que l’acouphène est faible et toujours plus efficace que le placebo.

Ce qu’attend le patient de cette prise en charge

Par Ange Bidan, Vice-président d’honneur

Introduisant la composante humaine et émotionnelle de la relation thérapeute/ patient dans un programme jusque là très scientifique et technique, il a d’abord rappelé que derrière l’acouphène « éternel et banal », il y a une personne avec un nom et une histoire. Il a noté 3 constats qui illustrent le désarroi et la désespérance qu’éprouve la personne acouphénique, puis il a insisté sur trois attentes marquées du patient en distinguant :
1 Le besoin d’être écouté et de ne pas être désavoué.
« Le patient, dit-il, vient vers le professionnel en lui faisant l’aveu de sa souffrance, de son mal-être, de sa fragilité et lui disant ne me désavouez pas, ne me repoussez pas ».

2 Entendre un discours positif pour aider à se relever, d’où l’importance d’adapter une information et le rythme
de l’information au profil du patient à un moment donné.
Au passage, il a souligné la force et le poids des mots. « Les mots, dit-il, ont de la résonnance ; ils peuvent consoler ou blesser ; ils peuvent démolir, enfoncer davantage, mais ils peuvent aider à reconstruire ».

3 Montrer des possibilités de thérapies pour dépasser la conclusion du « rien à faire » ou du « vivre avec », ce qui est, dit-il, « toute la pertinence de l’utilité de l’équipe pluridisciplinaire ». Ceci suppose d’expliquer au patient en quoi consiste telle discipline ou telle démarche et d’aider la personne à trouver la clé pour s’en sortir.

Il a rappelé la place de l’émotion et précisé combien chaque personne a une perception unique de ressentir
son acouphène et une manière de vivre avec « La réalité dépend toujours de la perception individuelle ».

Enfin, avec des exemples, il a suggéré une thérapie du lien en 3L (comme Look (regarder), Listen (écouter), Love (aimer), avant de conclure que la qualité de l’alliance entre le thérapeute et le patient dépend de 2 facteurs : la qualité de présence et d’écoute du professionnel et la prise en compte de la différence individuelle.

Comment constituer et faire vivre une équipe pluridisciplinaire
Par le docteur Martine Ohresser

Le rôle des différentes professions, le rôle de l’ORL étant traité par le docteur Marie-José Fraysse, celui de l’audioprothésiste par Éric Bizaguet, et celui du psychologue par Nadjet Nouri.

Selon le docteur Martine Ohresser, présidente de l’AFrEPA, « Ces journées auront permis à différentes
spécialités de se parler, ce qui est essentiel dans la prise en charge de cette pathologie. Des projets naîtront, les pratiques s’harmoniseront ». Un deuxième colloque devrait se tenir en 2011 à Toulouse.

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