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Acouphènes, dépression et anxiété

Par Cécilia Nauczyciel -  médecin psychiatre, service du Pr Millet - Centre Guillaume Régnier – Rennes - Tinnitussimo 68 - Juin 2010.

Les acouphènes s’intègrent dans le groupe des maladies dites chroniques telles que l'hypertension artérielle, le diabète ou encore la dépression. Les acouphènes sont définis comme une perception auditive de fréquence et d’intensité variable non produits par une onde sonore extérieure. Elle est fréquemment d’origine organique, liée au vieillissement (plus ou moins prématuré) des cellules sensorielles de l’oreille interne.

Cette affection touche en France environ 4 millions de personnes dont 150 000 présentent un retentissement grave sur leur qualité de vie. En effet, cette affection peut entraîner l’apparition d’un stress chronique augmentant par là-même le risque de développer un épisode dépressif majeur. Cependant si une forte détérioration de la qualité de vie peut être un facteur déclenchant d’un épisode dépressif majeur, il semble aussi que les personnes souffrant de dépression soient plus à même de développer une maladie chronique et donc des acouphènes.

Une déprime ou une dépression ?

Déprime

Combien de fois nous arrive-t-il de dire « Ça me déprime » ou « Je suis déprimé par le temps, mon patron… » pour exprimer un état de morosité bien souvent transitoire ou un sentiment de lassitude. En l’analysant de plus près, on s’aperçoit que cet état peut se dissiper en quelques instants à la faveur d’une bonne nouvelle, d’une invitation, d’un sourire. Ce ressenti n’a donc rien de pathologique et ne peut donc être défi ni comme un état dépressif. On parle de dépression et plus précisément d’épisode dépressif majeur lorsque cet état de tristesse tranche avec la manière dont la personne réagit habituellement et qu’il dure dans le temps (au moins 15jours sans interruption). Par ailleurs, il s’accompagne d’un cortège de symptômes tels que la perte d’intérêt pour l’entourage et pour les choses qui intéressaient le sujet antérieurement, le repli sur soi, la vision pessimiste de l’avenir avec parfois l’émergence d’idées suicidaires, l’incapacité à prendre des décisions et à se concentrer. Des insomnies et une perte d’appétit sont très caractéristiques de cet état.

Dans les cas les plus graves, le sujet ne s’alimente plus, ne dort plus et présente des idées de ruine et de damnation.

Dépression

Un épisode dépressif majeur peut survenir dès l’adolescence, avec ou sans facteur déclenchant. Il peut être unique, c’est-à-dire, un seul épisode sur une vie entière ou se répéter plusieurs fois dans une vie. C’est ce que l’on appelle des épisodes récurrents. Cette pathologie est très fréquente puisqu’on évalue qu’elle touche 5 à 10 % de la population. Elle présente des risques graves à court, moyen terme. En effet, le risque majeur de la dépression est le passage à l’acte suicidaire. Cependant, un épisode dépressif majeur peut avoir des répercussions sociales ou professionnelles : licenciement, divorce, rupture des liens sociaux par l’arrêt des activités habituelles.

 

La dépression est très

fréquente puisqu’on évalue

qu’elle touche 5 à 10 %

de la population

Qu’est-ce qu’un épisode dépressif ?

Ainsi un épisode dépressif majeur se distingue d’un « coup de blues » par son intensité, sa durée, et ses conséquences sociales, professionnelles et familiales. Il nécessite une prise en charge médicale spécifique et précoce. Le traitement d’un épisode dépressif sans complication est l’association d’une psychothérapie et d’antidépresseurs. Ponctuellement et en fonction de l’état du patient, des somnifères et des anxiolytiques peuvent être prescrits. Devant l’existence d’idées suicidaires, une hospitalisation s’avère souvent nécessaire.

Dans les cas les plus graves, un traitement par électrochocs peut être préconisé dans la mesure où celui-ci est le plus efficace dans la dépression (et ce malgré la peur qu’il peut susciter).

L’origine de la dépression

Elle n’est pas encore complètement connue ; les différentes études sur ce sujet révèlent qu’elle relève d’une interaction entre des facteurs biologiques et environnementaux. Les facteurs biologiques regroupent un dysfonctionnement au niveau de neurotransmetteurs cérébraux (sérotonine…), une vulnérabilité génétique alors que les facteurs environnementaux regroupent tous les agents stresseurs extérieurs ou intérieurs.

Anxiété normale ou pathologique

Les facteurs environnementaux entrainant un stress ont donc des répercussions différentes en fonction des individus. L’anxiété varie cependant de façon continue allant du normal au pathologique. En fonction de la manière et de l’objet entrainant les manifestations anxieuses, on distingue plusieurs troubles anxieux.

Les troubles paniques

Ils se caractérisent par l’apparition brutale d’un état de panique intense où le patient a l’impression de mourir, de devenir fou. Il est possible d’avoir un jour dans sa vie une attaque de panique, c’est même ce qui arrive à la moitié de la population sans qu’elle développe un trouble panique. Celui-ci se caractérise par la répétition de ces attaques et de l’anticipation anxieuse de celles-ci. Le trouble panique peut se compliquer d’agoraphobie qui est non pas la peur de la foule mais la peur des espaces dans lesquels le patient ne pourrait être secouru s’il faisait une attaque de panique. Cela peut donc aussi bien être le supermarché un samedi après midi que le parking de celui-ci à 22 h.

Les phobies

Elles font également partie des troubles anxieux. Elles se caractérisent par une peur panique d’un objet ou d’une situation que le patient fera tout pour éviter. Les phobies ne sont pas de simples peurs mais entrainent de véritables attaques de panique durant lesquelles le patient tente de s’extraire de la situation par n’importe quel moyen.

Les troubles obsessionnels compulsifs (toc)

Ils s’intègrent également dans le groupe des troubles anxieux. Souvent cachés par le patient, ils se manifestent par la présence de pensées obsédantes et de rituels visant à diminuer l’anxiété entrainée par ces pensées. Tout ce passe comme quand on a une chanson dans la tête que l’on ne peut pas enlever sauf qu’au bout d’un moment, notre attention se focalise sur un évènement extérieur et on oublie cette chanson alors que les patients souffrant de TOC la gardent en permanence. Enfin, l’état de stress post traumatique est un trouble apparaissant dans les suites d’un évènement traumatique et se caractérisant par des cauchemars, une reviviscence de l’évènement, une tristesse de l’humeur et un repli sur soi.

Initialement, l’anxiété a une fonction adaptative

En effet, elle permet de mobiliser l’organisme pour affronter un danger : nous ne serions sans doute pas ici si nos ancêtres allaient affronter le mammouth comme nous allons aujourd’hui au supermarché… l’attention se focalise sur le danger, notre corps se met en condition pour fuir ou l’affronter (augmentation de la respiration, des battements du coeur, mobilisation des réserves énergétiques). Cependant, une telle mobilisation peut s’avérer délétère si elle se manifeste de manière inappropriée : pour certaines personnes aller au supermarché est toujours vécu aujourd’hui comme une chasse au mammouth. Tout comme dans la dépression, il existe une vulnérabilité génétique au stress ; il suffit de regarder autour de nous pour nous apercevoir que nous ne sommes pas égaux devant le stress.

Un évènement traumatique pourra engendrer un état de stress post traumatique chez certains et non chez d’autres.

Liens entre acouphènes, anxiété et dépression

Plusieurs études ont montré que les patients souffrant de maladies chroniques ont plus de chance de souffrir de dépression. Par ailleurs, d’autres études ont montré que la réciproque est vraie, c’est-à-dire que les patients souffrant de dépression sont plus à même de développer une maladie chronique. Ceci se retrouve particulièrement dans le cas des acouphènes. Les acouphènes semblent être des messages parasites produits par les cellules sensorielles et analysées comme des bruits par le cortex auditif. Or pour que ce cortex auditif interprète ces messages et que le sujet en ait conscience, il faut un déséquilibre du système nerveux végétatif généré par… un état de stress. Ceci peut ainsi expliquer que certains patients ne sont gênés par leurs acouphènes seulement lorsqu’ils sont fatigués, tendus… Cela signifie qu’en temps normal, leurs cellules sensorielles envoient des messages parasites au cortex auditif qui ne les amène pas à leur conscience du fait d’une capacité de filtrage de ce cortex. Ce n’est que lorsque ces capacités de filtrage sont dépassées par des stress que les acouphènes arrivent à leur conscience.

Les patients souffrant d’acouphènes invalidants présentent plus fréquemment une anxiété, une irritabilité et une humeur triste. Or les acouphènes comme la dépression sont des maladies chroniques favorisées par un état anxieux. Ainsi, l’anxiété renforce d’une part les acouphènes en empêchant le phénomène de filtrage ou d’habituation, mais d’autre part, il augmente le risque de dépression. Les patients entrent alors dans un cercle vicieux où dépression et acouphènes s’auto- entretiennent. Des études ont montré que la sévérité de la dépression était corrélée à la sévérité des acouphènes et que la sévérité de la dépression était un facteur limitant de la prise en charge des acouphènes.

Que faire alors ?

Soigner la dépression

La dépression est certes une maladie chronique mais elle est aussi une maladie curable comme il a été expliqué précédemment. Il est donc impératif de consulter son médecin traitant qui pourra éventuellement orienter vers un psychiatre en cas de difficulté pour équilibrer le traitement. Le traitement de la dépression est le préalable à toute prise en charge des acouphènes dans la mesure où elle nécessite une bonne capacité de concentration et de motivation (ce qui est difficile pour quelqu’un de déprimé).

Traiter les acouphènes

Une fois la dépression traitée, plusieurs techniques peuvent être essayées pour le traitement des acouphènes où toutes ont pour but de s’habituer au bruit perçu et rééduquer le cortex auditif par rapport à son rôle de filtrage. Il existe des techniques cognitives et comportementales dédiées à cette maladie. Par ailleurs les techniques à base de relaxation et de sophrologie peuvent également présenter un intérêt pour contrôler son anxiété.

Écouter et échanger

En outre, les associations et les Groupes de paroles permettent aux patients de se retrouver pour échanger leur vécu de la maladie et de l’évolution. Les patients peuvent ainsi bénéficier d’un lieu d’écoute et d’échange différent de leur entourage qui se trouve au mieux démuni au pire dubitatif par rapport à leur souffrance.

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Conférence-débat dans le cadre des Mercredis de France Acouphènes animés par Ange Bidan,  à Rennes

Tinnitissimo 68 - Juin 2010