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Un interview de Jacques Hacquet : Le Certa : une équipe en Anjou pour la prise en charge des troubles de l’audition 

Suite à la Journée Nationale de l’Audition à Angers, il a été convenu de faire le point de l’expérience du CERTA (Centre d’Evaluation et de Réadaptation des Troubles de l’Audition) avec le Professeur Jacques Dubin, fondateur et coordonnateur de cette équipe pluridisciplinaire depuis 2009.

Aimablement invité par le professeur Jacques Dubin, Jacques Hacquet est allé le rencontrer, avant ses consultations.

JacquesHaquet


Retour sur la création du CERTA

Comment en est-on arrivé à créer ce pôle pluridisciplinaire à Angers ?

En tant que chef du service ORL du CHU, je constatais les retards pris en France pour la prise en charge des patients malentendants ou atteints d’acouphènes. On les orientait souvent simplement vers un audioprothésiste sans se préoccuper du suivi ni des adaptations...
Or il se trouvait sur le site où nous sommes, tout près du CHU, une école pour enfants sourds et muets, le Centre Charlotte Blouin fondé en 1783, et qui a intégré depuis le Pôle de déficience sensorielle. Longtemps, la prise en charge des enfants n’avait pas d’équivalent pour les adultes, jusqu’à la création d’une unité d’implants cochléaires par le CHU, le Centre Charlotte Blouin et le pôle handicap de la Mutualité Anjou Mayenne.
C’est à partir de ces expériences que nous avons eu l’idée de créer un centre de réadaptation pour les plus de 20 ans atteints de troubles de l’audition et/ou d’acouphènes, en réunissant des professionnels de plusieurs disciplines.

Quels étaient avec vous-même les principales personnes à l’initiative de la fondation du CERTA ?

Je citerai au moins trois personnes qui ont beaucoup œuvré à la création du CERTA :

Philippe Houlgard, Directeur de l’établissement de l’époque sur ce site, et qui est devenu ensuite secré- taire général de la Mutualité ;

Francis Guiteau, Directeur du pôle handicap ;

Anne Rabiller, cheville ouvrière en charge du montage de la structure et Directrice du CERTA jusqu’en 2012.

Et maintenant en 2014, comment est organisée l’équipe du CERTA ?

L’équipe médicale comprend :
3 ORL : Nassib Khoury, Directeur médical du Centre, Samantha Roux-Vaillard, qui s’occupe notamment des implants cochléaires, et moi-même pour recevoir les patients en première consultation ;
3 audioprothésistes,
4 orthophonistes,
3 psychologues (dont un spécialisé en Thérapie Cognito Comportementale),
et d’autres personnels thérapeutiques (Ergothérapeute, assistante de service social).


Tous les quinze jours, nous nous réunissons pour étudier ensemble les cas des patients reçus. Ceux-ci nous sont adressés par des médecins généralistes ou spécialistes. Nous prévoyons un parcours intramuros de 5 à 6 séances par patient, avec d’abord un protocole d’évaluation, puis des propositions de séances de réadaptation selon les pathologies et selon l’avis des patients eux-mêmes.

Après ce parcours intramuros, nous proposons une orientation vers d’autres services éventuellement, et on peut aussi les revoir ici en réadaptation.

Prise en charge des patients acouphéniques

Jacques Hacquet : Selon le dernier rapport d’activité, 45% des patients du CERTA présentent des acouphènes, avec certes pour une part d’entre eux d’autres troubles de l’audition. Selon vous, peut-on établir une typologie des différents cas rencontrés en matière d’acouphènes ?

Jacques Dubin : Les troubles de l’audition touchent tous les âges et concernent de multiples causes et pathologies. Il est difficile de donner une répartition claire. On constate, et de plus en plus avec l’augmentation de l’espérance de vie, beaucoup de malenten- dants acouphéniques ; finalement, les acouphènes sans perte d’audition sont relativement rares. Il y a par ailleurs les acouphènes expliqués par des trauma- tismes sonores, parfois flagrants et parfois supposés. Et puis beaucoup de cas n’ont pas de causes identifiées. Pour les patients avec acouphènes, nous réalisons en évaluation une acouphénométrie systématique, pour situer la fréquence (entre les aigus et les graves) et l’intensité des bruits ressentis. On constate alors souvent aucune corrélation entre le niveau sonore et le ressenti du patient. C’est-à-dire que des acouphènes de très faible intensité peuvent parfois être durement ressentis, alors que dans d’autres cas des acouphènes d’intensité assez forte se trouvent moins sévèrement ressentis.

Jacques Hacquet : Quels sont les protocoles types que vous appliquez pour les patients acouphéniques, et quel suivi vous prévoyez ?

Jacques Dubin : Après l’évaluation, qui est pluridisciplinaire (audiométrie, acouphénométrie, entretien,...), nous faisons le point en équipe comme je vous le disais, et nous orientons selon les cas vers diverses thérapies de réadaptation, souvent combinées :appareillage d’audioprothésie avec 4 ou 5 séances de réadaptation auditive, orthophonie, en cas de perte importante d’audition, travail avec un psychologue, et parfois recours à la sophrologie ou à l’hypnose ; nous utilisons fréquemment la Thérapie Cognito-Comportementale ou la Thérapie d’habituation. Nous n’avons pas d’a priori ni d’orientation privilégiée vers telle ou telle technique.

Quant au suivi, au-delà des séances de réadaptation prévues, ce système rencontre effectivement ses limites. Il y a les patients orientés ailleurs, il y a ceux qui refusent de poursuivre, etc. Il faudrait pouvoir faire des bilans...

Jacques Hacquet : Dans le compte rendu d’activité du Centre, il est aussi question de groupes de paroles organisés entre patients. Qu’en est-il ?

Jacques Dubin : Un de nos psychologues avait mis en place de tels groupes, mais cela a été interrompu pour le moment...

Relations avec d’autres spécialistes des acouphènes

Jacques Hacquet : Les équipes pluridisciplinaires semblent faire école et se développent sur la France. Quelles sont vos relations dans le cadre de l’AFrEPA ?

Jacques Dubin : Le CERTA a parrainé une nouvelle équipe sur Poitiers ; il a appuyé celle de Metz, et d’autres sont en gestation dans le Tarn, à Paris et en Bretagne. Quant à Nantes, il y a déjà une équipe pluridisciplinaire.

Le CERTA adhère à l’AFrEPA et nous y côtoyons d’autres équipes, soit dans le privé, soit dans le public. Ici, à Angers, nous fonctionnons avec une unité de lieu, alors que dans d’autres villes les professionnels sont souvent plus ou moins dispersés.

Jacques Hacquet : Quel est votre avis sur les moyens alloués aujourd’hui à ces pathologies ?

Jacques Dubin : Il y aurait beaucoup plus à faire en matière de prévention d’abord, mais cela est général en France en matière de santé. Après avoir dû prendre en charge en priorité les maladies aiguës après guerre, nous avons aujourd’hui de plus en plus de maladies chroniques, qui demandent une prise en charge plus diversifiée et sans doute pluridisciplinaire.

Jacques Hacquet : En conclusion, que souhaiteriez- vous dire à nos lecteurs de la revue de France- Acouphènes ?

Jacques Dubin : On peut dire que la structure est là pour mieux prendre en charge vos acouphènes, pour vous apporter des réponses, sachant que nous n’avons pas de pilule miracle à proposer !

certa

TINNITUSSIMO - 2e TRIMESTRE 2014