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 Quelques mots sur les recherches menées à l’Inserm 583 de Montpellier: Applications cliniques sur la surdité, les acouphènes et l’hyperacousie.

Conférence du Professeur Jean-Luc PUEL le Samedi 22 mars 2003, Hôpital Purpan à Toulouse à l'occasion de l' Assemblée générale de FRANCE ACOUPHÈNES.

Présentation du conférencier par Sylviane Chéry Croze :

Le Pr. Jean-Luc PUEL dirige l’équipe « Oreille Interne » de l’Inserm 583 de Montpellier. Il est professeur à l’université Montpellier 1 et directeur de l’école d’audioprothèse de Montpellier.

Le Pr. Puel a eu les honneurs de la presse au cours de l’année qui vient de s’écouler, au sujet du modèle animal de l’acouphène que son équipe vient de mettre au point. Ce modèle constitue un préliminaire indispensable à l’étude de molécules agissant sur l’acouphène chez l’homme (voir LRFA n° 37, juillet 2002). L’Inserm 583 a déjà expérimenté un certain nombre de ces molécules sur l’animal.

Le Pr Puel est membre du Comité scientifique de France Acouphènes. Sylviane Chéry-Croze remercie le Pr Puel d’avoir fait le déplacement jusqu’à Toulouse pour cette conférence.


«Je voudrais remercier l’association France Acouphènes qui me donne l’opportunité de vous faire part des avancées qui existent au niveau des acouphènes et des surdités. Vous verrez que la recherche avance et que cette recherche a vraiment besoin de tous les acteurs de ce mal : acouphéniques, médecins, industriels et pouvoirs publics.

( Le Pr. Puel a appuyé son exposé sur une animation. Si nos lecteurs ont la possibilité de se connecter à l’Internet, nous les renvoyons aux nombreux sites qui traitent des problèmes d’audition en particulier le site    Promenade autour de la cochlée)

Je voudrais d’abord vous présenter la manière dont l’oreille capte les sons, comment elle les envoie au système nerveux central - au cerveau – ce cerveau qui permet la compréhension du son. Le son rentre dans l’oreille, est transformé en un «message» - en fait une impulsion électrique – que le cerveau va pouvoir décoder. Pour réaliser cette tâche, je vais donc d’abord vous dire deux mots de cette oreille - sans trop rentrer dans les détails. 

On dit «l’oreille»… En fait, on a au moins trois «oreilles» : d’une part l’oreille externe, le pavillon, ce qu’on voit à l’extérieur du corps, puis le conduit auditif, avec au bout, le tympan qui est une petite membrane qui vibre quand le son arrive. Et puis, l’oreille moyenne, avec ses osselets : les plus petits os du corps humain, une pure beauté du point de vue la miniaturisation. Quand le tympan vibre, ces petits os vont se mettre en mouvement et vont transmettre cette vibration - comme un piston - à l’oreille interne, et c’est l’oreille interne qui va décoder le message et l’envoyer sous forme d’un signal électrique au système nerveux central.

Cette oreille interne, elle est plus complexe qu’il n’y paraît. En fait, on a deux «oreilles internes» : on a une oreille interne « auditive », c’est elle qui envoie l’information sonore au système nerveux central. On l’appelle la cochlée (cochlea = petit escargot en latin). Cette cochlée est située au milieu du rocher et elle sert à décoder le son. Et puis juste derrière, on a une structure qu’on appelle le vestibule : c’est l’organe de l’équilibre, c’est lui qui nous renseigne sur la position de notre tête dans l’espace. Ainsi, les problèmes au niveau de l’oreille interne peuvent se traduire par trois symptômes : surdité, vertiges, acouphènes.


Une oreille qui ne fonctionne pas est une oreille qui n’envoie plus de sons au système nerveux central – c’est la surdité – et/ou qui envoie des messages (des impulsions électriques) au système nerveux central alors qu’il n’y a pas de son dans l’environnement – ce sont les acouphènes. C’est le même problème avec le vestibule : vous pouvez avoir des vertiges parce que le vestibule n’envoie plus de message au système nerveux central ou envoie des messages erronés. Retenez donc qu’un dysfonctionnement de l’oreille peut se manifester par : surdité, acouphènes, vertiges.


  Pour vous montrer la beauté de cet organe, voici une oreille interne de rat - c’est pratiquement la même chose chez l’homme. C’est une spirale : on a retiré la coquille autour de l’escargot. Si on regarde à la surface de cette spirale, on voit une membrane qui la recouvre : c’est la membrane tectoriale. Si on soulève cette membrane, on voit apparaître de petits poils, des petits cils. Ce sont les cils des cellules sensorielles :quand les cils bougent, les cellules sont excitées et envoient un message au cerveau. Retirer maintenant complètement cette membrane, et vous avez alors la surface de l’organe sensoriel, que l’on appelle aussi organe de Corti. Vous voyez qu’il y a vraiment deux types de cellules ciliées très différents: les Cellules Ciliées Internes (CCI), rangées linéairement sur le bord interne de la spirale, vers le centre, et 3 rangées de Cellules Ciliées Externes (CCE), connaissables par leurs cils en «V», et qui se trouvent sur le bord externe de la spirale.

Je voudrais d’abord insister sur le nombre de ces cellules ciliées. Dans chaque oreille, le nombre de cellules ciliées est d’environ 3500 CCI et 12500 CCE, soit au total 16000 cellules ciliées. C’est ridiculement faible ! Quand vous pensez que dans un œil, vous avez des millions de photorécepteurs ! Dans l’oreille vous n’avez que quelques milliers de récepteurs ! Ce sont des cellules extrêmement fragiles, ce qui fait que quand vous avez subi une explosion comme celle de l’usine AZF ici à Toulouse, ou quand vous « matraquez » vos oreilles en boîte de nuit, ou que vous portez un baladeur pendant des heures, et que sais-je encore, ces cellules ciliées vont disparaître. Le problème est qu’elles ne se renouvellent pas, contrairement par exemple aux récepteurs de l’odorat –

Dans le nez, il y en a des millions, et si vous les perdez, ils se renouvellent.

Dans l’oreille, non ! Quand vous détruisez les cellules ciliées, elles sont perdues à jamais, elles ne seront jamais, jamais, jamais remplacées ! Et elles sont extrêmement fragiles et ne se remplacent pas. Voilà un message que je voulais faire passer !


Nous voudrions remercier le Pr Puel pour ce message de prévention extrêmement fort ! Au risque de nous lasser, répétons que parmi les 200.000 nouveaux cas d’acouphènes dans notre pays, 130.000 sont dus à des traumatismes acoustiques et concernent essentiellement des jeunes (concerts de musique amplifiée, discothèques, rave parties, baladeurs). Il n’y a à l’heure actuelle aucun traitement curatif de l’acouphène et de l’hyperacousie. Les seules thérapies (thérapie cognitive et comportementale, sophrologie, TRT) sont en fait des épithérapies : elles  tentent non de supprimer le symptôme, mais de développer un processus d’habituation qui permette à la personne de supporter son mal. C’est dire clairement que la prévention des comportements à risque est, et pour de longues années encore, la seule parade à l’extension de ces fléaux dans nos sociétés occidentales, « malades du bruit ».

 Maintenant, je voudrais continuer à vous montrer la beauté de cette oreille , cette oreille « si belle et si fragile »…

On va casser cette spirale en deux : vous voyez toujours les trois rangs de CCE, la rangée de CCI, puis on va faire une coupe : une tranche. Voici ce qui apparaît - c’est une image classique que vous pouvez voir dans tous les livres d’anatomie - c’est une coupe de l’organe de Corti. On voit encore nos trois rangs de CCE et notre rangées de CCI avec des petits cils au sommets, et puis vous voyez la membrane qui recouvrait le tout – c’est la membrane tectoriale – Sous les CCI, vous voyez aussi les fibres du nerf auditif qui vont envoyer le message auditif au cerveau.


    Alors comment ça marche ? Je voudrais vous montrer un peu la sophistication du système. Les CCE sont une sorte d’amplificateur mécanique : quand elles reçoivent un son, elles vont se contracter, et amplifier la vibration à l’intérieur de l’oreille. Ces contractions permettent d’augmenter la sensibilité de l’oreille interne, et la discrimination en fréquence. Cette vibration est ensuite transmise aux CCI qui vont envoyer le message au système nerveux central.
    Pour illustrer de manière dynamique ce phénomène, je vous ai apporté une animation qui a été réalisée par Rémy Pujol. Le CD dont elle est extraite s’appelle «  L’oreille cassée ». Il est à visée pédagogique : c’est un outil de prévention en direction des lycées et collèges, contre le bruit et les conduites à risques.

 

    Le son qui arrive entraîne un mouvement de la membrane tectoriale et un cisaillement des petits cils dans laquelle ils sont ancrés. Quand ces cellules ciliées sont excitées, elles se contractent, comme le montre l’animation, et cette vibration est transmise aux CCI qui à leur tour vont être excitées. Puis ce message va être envoyé vers le système nerveux central. Je ne vais pas vous embêter plus longtemps avec la physiologie de l’oreille, mais je tenais à vous montrer l’extrêmement sophistication de cet organe à la fois mécanique et nerveux.

    Maintenant que vous voyez à peu près comment une oreille fonctionne, on va passer à la pathologie.
    J’ai choisi de vous présenter l’exemple de la presbyacousie : c’est le vieillissement de l’oreille, l’équivalent auditif de la presbytie pour l’œil. La presbyacousie guette tout un chacun, tous ceux qui ont déjà des problèmes auditifs, mais aussi ceux qui n’en ont pas encore, et qui en auront demain… Je crois que ça aussi, il faut bien l’avoir en tête ! Les pouvoirs publics doivent en être conscients : avec une population vieillissante les problèmes auditifs vont prendre de plus en plus d’importance. Pour cette raison, j’ai choisi l’exemple de la presbyacousie pour illustrer mon propos.


    Une oreille qui vieillit, c’est quoi ? C’est une oreille qui commence par perdre ses cellules ciliées. Quand on perd quelques cellules ciliées, on commence à perdre un peu d’audition. 20db, 20%, c’est pas grand-chose… Souvent on ne s’en aperçoit pas. C’est votre conjoint qui s’en aperçoit et qui vous dit : «Mais qu’est-ce qui t’arrive ? Pourquoi montes-tu le son de la télévision ?»
    Quand on perd une grande partie des CCE, les choses s’aggravent. Vous avez alors une perte de 60 dB, et les problèmes d’audition deviennent invalidants. Dès qu’on se trouve dans une atmosphère bruyante, on ne comprend plus ce qui est dit. Vous n’avez plus ces petites cellules ciliées qui font de la discrimination en fréquence et vous comprenez moins bien. Malheureusement, la prothèse auditive, même la plus sophistiquée , ne restitue pas l’intelligibilité !

    En vieillissant, on perd des cellules ciliées, mais aussi des neurones, c’est-à-dire le «câblage», les fibres du nerf auditif, qui envoient le message au cerveau. Voici un individu «normal», à 20 ans, en pleine forme auditive, avant d’aller en boîte de nuit (rires de la salle) et voici un individu «normal» de 65 ans («normal» c’est-à-dire qui n’a pas particulièrement abîmé ses oreilles au cours de sa vie !). Regardez la différence : vous constatez qu’à 65 ans, il a perdu «naturellement» pas loin de la moitié des fibres du nerf auditif ! Et ça, encore une fois, c’est un vieillissement normal !


    Mais, une oreille vieillit d’autant plus vite qu’elle a été maltraitée au cours de sa vie. Comment maltraite-t-on une oreille ? D’abord en prenant certains médicaments dits ototoxiques (= toxiques pour l’oreille). Certains antibiotiques sont toxiques pour l’oreille : par exemple, après la guerre , on a beaucoup utilisé la streptomycine. Cet antibiotique a sauvé des millions de vies humaines, mais elle a fait des ravages au niveau auditif. Il y a aussi certains diurétiques, certaines chimiothérapies, notamment celles à base de Cisplatine. Il y a aussi la quinine qui est très toxique pour l’oreille. «Toxique pour l’oreille», veut dire qui rendre sourd, et si ça ne rend pas sourd, ça fragilise votre oreille, qui va vieillir plus vite.


    Deuxième facteur de vieillissement : le bruit ! Ici à Toulouse, il y a eu une grosse explosion. Il y a des gens qui ont eu des problèmes auditifs - surdité, acouphènes, hyperacousie – des problèmes auditifs dont ils ne se sont pas tous nécessairement rendu compte. Ils ont perdu quelques cellules ciliées sans le savoir. Le pire, n’est pas la surdité : c’est une surdité plus des acouphènes, mais certains ont une surdité, des acouphènes et une hyperacousie, ... on ne peut pas imaginer pire. Sachez que les oreilles des personnes exposées aux bruits excessifs vont vieillir plus vite que les autres.

On a un «capital son» comme on a un «capital soleil» pour la peau. Pour le soleil, c’est maintenant rentré dans les moeurs : si l’on prend des coups de soleil : la peau vieillit plus vite. C’est exactement la même chose pour l’audition : si on va en boîte de nuit, on ressort avec les oreilles cotonneuses, les oreilles qui sifflent, etc. On va se coucher et le lendemain, il n’y a plus rien et on se dit «Ouf ! c’est fini ! Je ne risque plus rien : l’acouphène est parti !» Eh bien non ! Ne dites pas : «Je ne risque plus rien » ! Dites vous au contraire que vos oreilles ont été endommagées, et qu’elles vont vieillir plus vite ! Ça, c’est une chose très, très importante !


    Voici l’audiogramme d’une sujet jeune ; zéro dB de seuil sur l’ensemble des fréquences : audition parfaite. Et puis voici l’audiogramme d’un sujet âgé de 65 ans, avec des pertes d’environ 20-30 dB sur les fréquences aiguës. C’est un vieillissement normal. Et voici enfin l’audiogramme d’une personne de 90 ans. La perte auditive gagne les fréquences graves et surviennent les problèmes de compréhension. Mais comme le soulignait Sylviane Chéry-Croze tout à l’heure, si on continue avec le volume sonore pratiqué dans les boîtes de nuit et autres de lieu de loisir, si l’on continue avec la loi des 105 dB qui fait croire aux jeunes qu’à 105 dB, les oreilles ne risquent rien–je vous garantis qu’à 105 dB, au bout de deux heures, vous avez des problèmes auditifs, ça c’est sûr ! - si on continue comme ça, c’est plus à 65 ans qu’on aura cet audiogramme-là, mais à 35 ! Et on aura une oreille de 90 ans à 60 ans !

    Il faut vraiment insister là-dessus et je crois que ça fait partie de la mission de FRANCE ACOUPHÈNES. Il faut également qu’il y ait une prise de consciences au niveau des pouvoirs publics ! Il faut absolument avoir une loi cohérente avec les données scientifiques ! Or la loi actuelle est insidieuse : j’ai vu un article dans «Le Midi Libre» sur deux pages, avec ce titre : «Loi des 105 dB : dormez sur vos deux oreilles» ! Oui, bien sûr ! «Dormez sur vos deux oreilles» ! C’est une loi qui est faite pour protéger l’environnement, le voisinage ! Pas pour protéger les oreilles ! C’est très insidieux ! C’est pour ça que je tiens à insister !


    Et puis , il y des gens qui vieillissent plus vite que d’autres, il y a des facteurs génétiques qui font que certaines oreilles sont plus vulnérables que d’autres face aux agressions sonores : si on met deux personnes devant le même haut-parleur, l’une aura des acouphènes, l’autre pas. C’est ce qu’on appelle des facteurs de susceptibilité, qui sont probablement d’origine génétique. Si des études commencent à se mettre en place pour étudier ses facteurs génétiques, je n’ai pour l’instant pas de résultats à vous communiquer.


    On a parlé des médicaments ototoxiques, du bruit, des facteurs génétiques. On va maintenant aborder la recherche.
    Tous les résultats que je vais mentionner maintenant sont des résultats issus de la recherche, des résultats que nous avons obtenus sur des animaux. Nous n’en sommes pas encore au stade des applications cliniques.


    Je voudrais vous donner un exemple concernant certains médicaments toxiques pour l’oreille. Le cisplatine est un médiment utilisé une chimiothérapie. Il est très efficace pour combattre les tumeurs – en particuliers le cancer du poumon à petites cellules. Le problème du cisplatine est qu’il rend sourd !
    Voici un rat qu’on a traité avec du cisplatine, on lui a fait une chimiothérapie. Vous voyez que ce rat a une perte auditive sur les fréquences aiguës, comme une personne de 90 ans Maintenant si on regarde son oreille, vous constatez qu’il a toujours ses CCI - il y a donc quand même un message qui part au cerveau. Mais il n’a plus de CCE, il n’a plus ces petites cellules qui se contractent pour augmenter la discrimination. Exactement comme dans la presbyacousie !


    Pourra-t-on intervenir  dans ce type de pathologie,? Pour l’instant, non. Mais peut-être que dans un avenir assez proche, oui. Pourquoi ? Parce qu’il existe une substance - le thiosulfate de sodium - qui est un antidote du cisplatine, qui va venir se fixer au cisplatine et l’empêcher de rentrer dans les cellules de la cochlée. Le problème, c’est que si vous prenez cette substance par voie générale, vous allez bloquer la toxicité du cisplatine, pour l’oreille, mais aussi pour les tumeurs ! C’est le problème !
    Je dirai que l’originalité de l’équipe Inserm de Montpellier, c’est d’avoir mis au point chez l’animal, une méthode de traitement local.


    Comment fait-on chez l’animal ? On met une petite pompe qui va diffuser la molécule – le thiosulfate - directement dans l’oreille interne. Le cisplatine diffuse par voie générale partout dans le corps. Quand on utilise cette voie d’abord, on protége toutes les cellules ciliées de l’oreille interne. Vous constatez que toutes les cellules ciliées du rat sont là, en parfaite état, elles n’ont pas disparu, et cet animal a une audition quasi-normale. On a empêché le cisplatine d’agir localement mais par contre, il peut faire son travail de destruction au niveau des tumeurs (estomac, poumon, cerveau, etc.). C’est une piste de recherche très prometteuse pour tous les patients, et ils sont nombreux a subir des chimiothérapies.
    Autre problème : le bruit ! Encore fois, on est à Toulouse et c’est une bonne chose que l’assemblée générale de France Acouphènes ait été organisée dans cette ville, particulièrement sensibilisée aux problèmes du bruit depuis l’explosion d’AZF.


    Je voudrais vous montrer ce que fait le bruit sur l’oreille. Imaginez une personne immédiatement après l’explosion, près du site AZF. Vous voyez que les CCE sont endommagées. Celle-là a perdu tout son contenu intracellulaire : elle s’est vidée. De plus, toutes les fibres du nef auditif ont disparu, elles ont «explosé», littéralement «explosé» ! Ainsi, c’est comme pour le vieillissement : mêmes problèmes au niveau des cellules ciliées et au niveau du nerf auditif.


    Au bout d’un mois, les cellules sensorielles ont complètement disparu ! Dis-pa-rues ! Et elles ne re-pous-se-ront-pas ! Voilà la conséquence du bruit excessif ! Que ce soit une explosion, une boîte de nuit, un coup de fusil de chasse, un baladeur pendant de longue période !. Et puis bien sûr, dans la zone cochléaire traumatisée, vous avez les neurone auditifs qui dégénèrent, exactement comme avec le vieillessement.
    Alors, est-ce qu’on peut faire quelque chose ? Avec le cisplatine, on sait qu’on va rendre sourd, on peut donc développer des stratégies de prévention : appliquer l’antidote avant la chimiothérapie. Là avec le bruit, les gens arrivent APRÈS l’explosion, APRÈS le traumatisme, et c’est à ce moment qu’il faut les traiter ! Pour développer des traitements, il faut comprendre pourquoi et comment les cellules sensorielles meurent quand on les sur-stimule.


    Je ne vais peut-être pas trop insister, mais je voudrais quand même vous faire comprendre coment meurent les cellules ciliées. Deux grands mécanismes sont responsables de la mort d’une cellule. Vous avez un premier mécanisme qui s’appelle la nécrose : quand la cellule explose, vous avez une inflammation, puis des macrophages viennent faire le ménage autour, et vous obtenez une cicatrice, exactement comme quand vous vous coupez au niveau de la peau. L’autre mécanisme s’appelle l’apoptose. Oubliez peut-être le terme, mais sachez qu’il s’agit d’un mécanisme de « mort programmée », autrement dit une « mort propre » : la cellule se suicide « proprement ». Ce mécanisme existe, on l’a étudié au niveau de l’oreille, on le connaît très bien. Et c’est parce qu’on le connaît, qu’on est aujourd’hui capable de le bloquer. Après un traumatisme sonore les cellules endommagées mettent en route un programme de mort cellules pour mourir « proprement ». Sur cette image, les cellules en jaune sont celles qui ont déclenché leur mécanisme de mort. Ce mécanisme existe aussi bien au niveau des cellules ciliées que des neurones auditifs. Ça, on le connaît bien maintenant, on l’a démontré après chmiothérapie, traumatisme sonore ou dans la presbyacousie, et on a les molécules pour empêcher ce type de mort cellulaires.


    On peut aussi de protéger les fibres nerveuses avec des antiglutamates Je vous ai montré qu’après un traumatisme acoustique, les fibres nerveuses sont détruites - vous vous souvenez. Pourquoi sont-elles détruites ? Parce que la cellule ciliée utilise le glutamate comme substance chimique pour transmettre l’information auditive aux fibres nerveuses. Le glutamate, lorsqu’il est libéré en trop grande quantité par les cellules ciliées interne, il devient toxique, c’est pour cela que les fibres sont détruites : un son sur-stimule les cellules ciliées qui libèrent trop de glutamate, lequel détruit les fibres nerveuses.
    La stratégie utilisée après un traumatisme acoustique consiste donc à protéger les cellules sensorielles avec des anti-apoptotiques et les fibres nerveuses avec des anti-glutamate

    Comment faire ? Toujours pareil : il faut privilégier une approche pharmacologique locale, parce que si jamais vous prenez des molécules qui empêchent les cellules de mourir par voie générale, vous empêchez TOUTES les cellules de mourir, et vous allez avoir des tumeurs partout ! Ce qu’il faut faire, c’est mettre ces substances directement dans l’oreille pour empêcher les cellules de l’oreille de mourir, et pas celles qui doivent « naturellement » mourir. Si vous voulez protéger les fibres du nerf auditif, vous allez utiliser des anti-glutamates administrés localement dans l’oreille interne. Parce que par voie générale, vous allez baigner tout le corps, tout le cerveau, avec ces anti-glutamates. Or il n’y a pas que les cellules auditives qui utilisent le glutamate ! 80 % des cellules du cerveau utilisent le glutamate comme neurotransmetteur.

    Revenons aux résultats expérimentaux ! voici des pertes auditives après traumatisme acoustique : de l’ordre de 60 dB. Si maintenant vous mettez dans cette pompe une substance qui empêche les cellules de mourir, vous voyez que vous sauvegardez presque 100% l’audition.

    Cette conférence est organisé par France Acouphènes, et jusqu’à maintenant, je n’ai parlé que de surdité. Et les acouphènes ? Me direz-vous… J’y viens !

    Soulignons plusieurs points.

    Dans l’immense majorité des cas, les acouphènes sont liés à un problème de surdité,. C’est ce que je vous montre ici : ce sont des études cliniques été faites à Montpellier. 80% des acouphèniques ont des problèmes d’oreille interne, dont un tiers dus au bruit, un tiers au vieillissement, et un autre tiers à la maladie de Ménière. Les autres cas relève de l’oreille moyenne (ostopongiose par exemple) , de problèmes rétro cochléaires (tumeurs sur le nerf auditif ou boucles vasculaires c’est-à-dire les vaisseaux qui font « des nœuds » près du nerf auditif). Donc l’acouphène est bien un problème d’oreille.

    Un acouphène, qu’est ce que c’est ? c’est une lésion des fibres du nerf auditif qui vont envoyer une message aberrant, parasite au système nerveux central et qui va être l’interpréter comme un son. Par exemple, un bruit va détruire les fibres du nerf auditif, il va y avoir une inflammation du nerf auditif qui va envoyer des messages aberrants au système nerveux central.

    Le problème avec les acouphènes est qu’ils sont subjectifs. C’est à dire que personne d’autre que le patient ne peut les entendre. Quand on veut faire des expériences chez l’animal, on est très embêté, parce qu’il est difficile de savoir si l’animal entend un acouphène. Cela, a été un gros problème durant des années, jusqu’à ce que l’on mette au point un modèle comportemental chez l’animal. En fait, on observe l’animal, et l’on regarge s’il se comporte comme s’il avait un acouphènes. Voilà, la démarche expérimentale adopter.

    Démonstration avec un petit rat : Cet animal est conditionner à exécuter une tâche en présence d’un son. En présence d’un son, le rat exécuter une tache. Ici, il monte sur ce poteau accroché au plafond de la cage. Quand il n’y a pas de son, le rat n’exécute pas la tâche. Lorsqu’on déclenche des acouphènes en lui administrant de fortes doses d’aspirine, (des acouphènes apparaissent lors de l’utilisation de doses élevées d’aspirine), ce petit animal va grimper au poteau alors qu’il n’y a pas de son audible à l’extérieur. Pourquoi ? parce qu’il entend un son, c’est son acouphène !. Maintenant, si on place une petite pompe qui va délivrer au niveau de l’oreille interne un anti-glutamate , l’animal ne grimpera plus au poteau. Ce qui signifie que cet animal n’a plus d’acouphènes.

    Vient ensuite une série de questions, en voici quelques unes :

    Est ce que lorsqu’on met des anti glutamate dans les oreilles, cela ne rend pas l’animal  sourd?
    L’acouphène est due une sur-expression de certains types de récepteurs au glutamate qui ne servent pas normalement à entendre, cela rajoute de l’activité parasite. Dans nos expériences, l’animal ne perd pas son audition parce que les anti-glutamate que l’on utilise ciblent spécifiquement cette activité anormale. En fait, on bloque l’activité parasite – les acouphènes - tout en gardant une audition normale.

    On me demandait pourquoi on n’en était pas encore aux applications cliniques, il y a plusieurs raisons :

    On a les moyens concrets d’appliquer des drogues au contact de l’oreille interne. On peut utiliser ce type de cathéter pour appliquer des substances au contact de l’oreille interne. Ce type de cathéter est d’ores et déjà utilisé pour supprimer les vertiges invalidants dans la maladie de Ménière. Il est clair qu’on peut aussi envisager d’autres moyen comme des gels par exemple.

    Il y a quand même un certain nombre d’expériences à faire chez l’animal avant de passer aux essais cliniques. Le problème c’est que ce n’est plus de la recherche, c’est à dire qu’on ne peut pas employer un étudiant, en thèse par exemple, pour faire ce genre d’expérience. Cela s’appelle de la recherche appliquée. Il faudrait payé quelqu’un, en dehors d’un parcours universitaire, pour lui confier ce genre d’expérience.

    Pour mener à bien ces études cliniques, nous avons besoins du soutien des industriels. Or, on est en présence de deux catégories d'industriels qui ont chacun une "bonne raison" de ne pas s'engager dans la voie d'une pharmacologie locale et spécifique des acouphènes. Les premiers proposent déjà des médicaments (vasodilatateurs, etc.) pour le traitement de la surdité et des acouphènes. Les autres industriels, ceux qui possèdent des molécules efficaces (anti-glutamate, anti-apoptotique, etc), hésitent à investir un nouveau marché, et à développer de nouvelles formes galéniques pour répondre aux besoins de la thérapie locale.

     Est ce que ces traitement seront valables pour l’hyperacousie ?
    Il est probable que l’hyperacousie reflète une hypersensibilité du nerf auditif due - comme pour les acouphènes - à une sur-expression de certains récepteurs au glutamate. Mais pour l’instant, nous avons pas de données expérimentales pour étayer cette hypothèse. Seuls les premiers essais cliniques pourrons répondre à cette question.

    Peut-on espérer faire régénérer les cellules ciliées ?
    Le problème est que lorsque ces cellules meurent, elles disparaissent. Il faut donc trouver un moyen pour en « faire » de nouvelles à partir dans cellules de soutien. Nous travaillons aussi sur ce sujet : on étudie les mécanismes de régénération chez l’oiseau. En effet, on sait que chez l’oiseau, les nouvelles cellules apparaissent après destruction par le bruit ou des médicaments ototoxiques. On se dit alors que si l’on comprend comment et pourquoi les cellules repoussent chez l’oiseau, on va pouvoir comprendre pourquoi ça ne fonctionne chez l’homme, et essayer d’apporter ce qui leur manque pour repousser… Sachez tout de même qu’avant de faire repousser des cellules sensorielles chez l’homme, il fera beaucoup de temps. Par contre, on pourra les empêcher cellules de mourir et on peut déjà bloquer les acouphènes !