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Par Ange Bidan

Sur le chemin de vie...

 

 

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Qu’il s’agisse d’un accident de santé, de voiture ou d’une blessure dans notre intimité (sentiment d’abandon, viol, humiliations répétées, etc.) il s’ensuit un traumatisme qui s’inscrit dans notre parcours.

Cela crée une rupture.

Il y a donc forcément un avant et un après. La survenue d’un acouphène fait partie de ces accidents. La question qui se pose est de savoir comment chacun peut se reconstruire dans cet après.

Éventuellement, c’est peut être l’occasion de s’interroger sur « C’est quoi une belle vie avec et malgré... ? »

 

 

carrevert Quelques généralités

Un jour ou l’autre, dans notre vie, nous sommes tous confrontés personnellement à un traumatisme plus ou moins difficile à surmonter. Ce traumatisme peut avoir plusieurs causes conjuguées et entremêlées, qu’il s’agisse d’accident, de sentiment d’abandon, de viol, d’ambiance familiale, de déchirure intérieure, tout comme il peut être provoqué et aggravé par la répétition de petites blessures, la répétition d’humilia- tions quotidiennes.

Un acouphène, par exemple, peut survenir dans certaines circonstances, au cours desquelles la personne qui en est victime ne saisit pas toujours l’influence de tel ou tel facteur qui peut le créer.

Par contre, nous savons combien c’est irritant, voire contrariant de ne pas comprendre ce qui nous arrive, d’être dans l’incapacité ou l’impossibilité de l’exprimer, parce que nous sommes désarçonnés et que nous n’avons pas les mots pour le dire, ou que la maladresse de l’entourage ou la colère de ne pouvoir identifier ce malaise augmente cette irritation. Lorsque, à un moment donné, la réalité de notre vie est, ou a été, particulièrement difficile, la question qui se pose est : « Quels moyens mettre en place pour nous défendre et nous protéger, pour vivre voire pour survivre ? », autrement dit pour continuer à vivre.

Le constat montre que nous ne réagissons pas tous de la même manière devant une difficulté majeure ou un drame qui nous atteint et que nous avons pourtant à vivre dans une réalité qui est la nôtre et non celle des autres. D’aucuns se reprennent en main plus ou moins, quand d’autres sont anéantis et s’effondrent. La conséquence majeure c’est que la douleur empêche de penser, tant elle prend le pas sur tout de telle sorte que la personne est envahie, débordée. Le risque est que la vie soit ainsi réduite à une souffrance et surtout que tous les évènements soient interprétés à travers ce filtre. Il en résulte une restriction de liberté, car les choix, les projets, les relations aux autres ne sont plus interprétés et menés qu’en fonction du symptôme ou du handicap ou de la blessure. Cela peut être ressenti comme une perte de contrôle sur sa vie.

« C’est parce qu’on pense au passé et à l’avenir qu’on se décourage et qu’on désespère. » (Sainte Thérèse de Lisieux). En d’autres termes, le poids est tellement lourd que c’est difficile de voir autrement, que tout est d’abord ramené à l’impact de la blessure.

Ce qui rappelle la question de cette dame nous interrogeant : « Comment fait-on, Monsieur, pour oublier ? ».

carrevert Ce qui nous est commun

Dans la mesure où nous sommes concernés par les mêmes choses de la vie, des éléments sont communs à tout un chacun. Les 3 binômes antinomiques proposés ci-après nous paraissent être des repères sur le chemin de vie.

 

 

 

 

 

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Il témoigne de la capacité d’entrain et d’énergie positive s’opposant à un état psychique de souffrance marqué par le pessimisme, la lassitude, le manque de confiance en soi, voire un certain dégoût de la vie. La prise en compte de réalités parfois décourageantes, que d’aucuns nomment lucidité ou réalisme, est à distinguer du spleen ou de la déprime, euphémismes par lesquels nous passons tous de temps à autres. Ils ne constituent pas des troubles et ne justifient sans doute pas le recours à des soins, même si de nos jours une tendance considère que tout désarroi un peu durable n’est pas acceptable.

Ainsi, il est des jours où l’entrain et la bonne humeur entraînent, quand d’autres fois domine une espèce de tristesse pas toujours expliquée. C’est ainsi...

 

 

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Il atteste de cette opposition qui nous habite. Tantôt, nous sommes plus vulnérables, à certains moments (lassitude, doute, souffrance, solitude). Tantôt, nous sommes capables de surmonter un obstacle, ou de maîtriser une situation difficile, sûrs de nous- mêmes, capables du possible, de décider, de dire oui ou non.

En d’autres termes, nous sommes plus en capacité à certains moments qu’à d’autres. Ajoutons que vulnérabilité ne signifie pas fragilité ou faiblesse intrinsèque, dans la mesure où la fragilité fait partie de notre condition humaine et qu’elle permet d’être sensible aux êtres et aux choses et d’avoir de l’empathie.

 

 

 

 

 

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Il illustre ce duel permanent qui taraude chacun d’entre nous. Tantôt, nous pouvons être dans une joie calme, sereine, explosive, souvent communicative, où rien ne peut nous dissuader d’être enthousiastes. Tantôt, nous pouvons être dans la mélancolie et la tristesse contagieuse, où tout apparaît sombre et désespéré. L’important est l’équilibre entre les deux entités et par nature il est toujours instable.

L’oscillation du fléau montre le mouvement permanent de la vie, à la manière dont l’écrit Paulo Coelho : « Il n’y a ni victoire, ni défaite dans le cycle de la nature, il y a simplement le mouvement de la vie ».

Tout comme « Victoire et défaite font partie de la vie de tout un chacun, sauf des lâches qui ne perdent ni ne gagnent jamais. » (Paulo Coelho)Il n’est pas bien vu dans notre société d’être fragile et parfois le jugement des autres fait peur : « C’est une petite nature. », « C’est quelqu’un qui s’écoute. ». Tourments et angoisses sont inscrits dans l’ADN de l’être humain, ce sont les doutes qui font avancer et il peut être sain de se poser des questions.

 

« Ce n’est pas parce que je suis blessé et éprouvé, faible et fragile que je suis sans volonté et que je ne suis pas capable de faire quelque chose pour moi et qui peut étonner les autres. »

 

carrevert Ce qui nous différencie

Chacun revendique indépendance, suffisance et liberté. Chacun a une manière de voir et de se repré- senter les choses, de les interpréter.Chacun a sa propre histoire, ses origines, son éducation, ses expériences. Il a – ou il a eu – un environnement plus ou moins bienveillant et plus ou moins sensible. Chacun a son passé, son vécu.

Des rencontres, des relations, des évènements heureux et malheureux l’ont construit. Chacun a un projet ou tout au moins des attentes de la vie. Chacun a une conception d’une vie psychique façonnée par les facteurs d’entourage, d’environnement, d’expé- riences.

Nous avons en commun des ressources. La question qui émerge est, d’une part, de savoir de quelle nature elles sont (physiques, morales, spirituelles) et où elles sont en nous, d’autre part, d’avoir la capacité de les mettre en mouvement.

La notion du temps : Le temps est par excellence l’élément qui nous est commun. Chacun en connaît la vitesse, la lenteur, le prix. Personne ne peut faire fi du temps. C’est l’élément incontournable. Ainsi, dans la suite d’un traumatisme, avec le temps arrive une forme d’apaisement, comme s’il apportait un amortissement après le choc brutal et l’impact des chocs émotionnels, de la blessure, de la meurtrissure.

carrevert Survenue et encodage de l’évènement

Tout traumatisme, physique ou psychique, est une effraction qui menace, voire qui atteint gravement l’intégrité de la personne. Comme toute affection chronique, l’acouphène en est une.

La survenue d’un évènement douloureux a un impact différent selon la personne, sa personnalité, son histoire et le contexte dans lequel l’évènement se produit. C’est l’exemple de ce professeur des écoles de 40 ans qui, au cours du ménage dans son salon, déclenche par inadvertance la mise en marche de sa chaîne stéréo. Les curseurs des enceintes sont au maximum, à la mise en marche se produit une telle déflagration dans la pièce que les verres posés sur une étagère en vibrent. Surprise, elle sursaute. Cet incident lui crée un acouphène qui l’entraine dans une période de dépression. À présent, elle se souvient toujours de ce matin-là.

L’encodage dans la mémoire est différent : « Nous n’encodons pas de la même manière ».

Ainsi, un évènement, vécu par plusieurs personnes en même temps, est raconté différemment. Tel fait aura un retentissement considérable pour l’un et sera sans signification alarmante pour Sans doute, parce que ayant assisté à un même évènement,elles n’ont pas vécu la mêmechose. Ce moment initial del’encodage est influencé par un grand nombre d’élé- ments autant personnels que factuels. Le stockage est différent, de sorte que le souvenir l’est aussi. Plus tard, un traumatisme, un épisode douloureux peut ressurgir à l’occasion d’un incident, d’une fatigue, d’une angoisse.

L’acouphène, comme traumatisme invasif, est gravé dans la mémoire, et l’oubli ne peut l’emporter sur la guérison ; la blessure reste vivace. Le bruit peut certes s’atténuer, mais on ne guérît jamais tout à fait et la personne acouphénique sait combien dans des passages de contrariété, de fatigue, l’acouphène vient se rappeler à son souvenir, revenant au devant de la scène.

 

carrevert Se reconstruire ou comment se reprendre en main ?

Le traumatisme n’a pas de sens en lui-même, mais il engendre un cortège de symptômes (irritabilité, déses- pérance, perte de confiance, dépression) et secrète de l’angoisse. Le tourment psychique perdure tant que la personne ne parvient pas à reconnaître et à faire reconnaître sa souffrance.

Les processus qui permettent de reprendre son développement après un coup du sort nous concernent tous, car ils obligent à penser la vie en termes d’évolution et de devenir. L’idée est plus de se résoudre à composer dans une prospective dynamique et positive que d’accepter de façon subie et passive.

« Il me semble que, lorsqu’on a été blessé dans sa vie, on est contraint de mettre en place, de tricoter un processus de résilience jusqu’à sa mort. La blessure est enfouie, maitrisée, transformée, mais elle ne guérit jamais complètement. » (Boris Cyrulnik)

La douleur ne s’efface jamais tout à fait, on apprend juste à composer et à vivre avec.

carrevert Les passages obligés pour se diriger vers une réparation

1. La quête de la cause est le premier temps

il est important que la personne sache par quoi elle est blessée, déchirée, voire humiliée dans certains cas. «D’où ça vient?»«Que se passe t-il?».

Cette quête est une période incontournable, différente d’une personne à l’autre, période qui peut durer de quelques mois à quelques années.Cette étape est cependant normale, légitime ; sa durée dépend en grande partie de l’équipement de la personne, de sa capacité psychologique, de sa façon ou non de se projeter. Le temps est un facteur clé. Les bords de la plaie luttent pour se refermer.

Par ailleurs, le fait de savoir la cause du traumatisme n’arrête pas la souffrance.Autant il est important de savoir la cause, autant il est nécessaire que la personne soit reconnue par les autres, sinon elle garde son secret et en souffre davantage. La personne acouphénique a besoin d’être entendue, reconnue, mais il arrive souvent qu’une histoire en cache une autre, tout comme parfois un écran de fumée s’interpose pour ne pas voir ce qu’il y a vraiment derrière ce qui est dit ou présenté de prime abord.

Pourquoi demander avant le temps, ce qui ne peut venir qu’avec le temps ?

2. Une mise en garde s’avère opportune dans la mesure où la personne consomme une énergie émotionnelle considérable, gaspillant des ressources psychologiques jusqu’à épuisement et perte de confiance en soi. Le risque vers des dérives addictives, de type alcool, médicament, et autres est possible, sans écarter celui de dépenses financières exorbitantes ou celui du recours à des « charlatans experts ».

Le but de cette mise en garde est d’éviter l’enchevêtrement de déceptions et de déconvenues.

3. La ligne de démarcation est étroite entre le moment où la personne renonce à cette quête d’explications et de solutions toutes faites, et le moment où elle voit ce qu’elle ne voulait pas voir et qu’elle réalise la réalité dans sa froideur implacable. « C’est comme ça ».

C’est le passage de l’attente de solutions « externes » efficaces à la prise de conscience d’un engagement personnel dans l’élaboration de son traitement, avec minimalisation des symptômes et des conséquences, mais surtout les moyens de retrouver un nouvel équilibre de vie.

La médecine est d’abord fondée sur des preuves : signes cliniques, biologie, radiologie, mais de plus en plus émerge une médecine basée sur le récit, c’est-à-dire une forme d’interprétation de l’évènement personnel par la parole, ce qui permet de reprendre sa vie en main, et de remettre un peu d’ordre dans le remue-ménage qui perturbe l’existence de la personne. Le fait de raconter, de dire, est une étape importante. Le récit est forcément construit pour faire passer un message apaisé, de mettre l’évènement douloureux à distance.

En d’autres termes, ou elle reste bloquée et en souffrance, ou elle admet que le retour comme avant est impossible et dans ce cas elle peut retrouver une sécurité intérieure, un nouvel équilibre en dépit de la présence d’un bruit comme dans l’acouphène ou d’une blessure encore mal cicatrisée.

« Chaque blessure laisse une cicatrice et chaque cicatrice raconte une histoire. Une histoire qui dit : j’ai survécu. »

4. Le temps du bricolage Le terme ici n’a rien de péjoratif ni d’irrationnel. La personne acouphénique n’abandonne jamais tout à fait l’idée que peut-être un jour elle n’en aura plus. Il peut en effet apparaître qu’à terme une découverte ou un évènement apporte une orientation nouvelle et prometteuse. L’appel à des ressources extérieures (aide de professionnels, groupe de parole, etc.) peut être profitable pour mettre en marche une dynamique personnelle intérieure.

« Le but principal de la thérapie psychologique n’est pas de transporter le patient dans un état impossible de bonheur, mais de l’aider à acquérir la fermeté et la patience en face de la souffrance. La vie s’accomplit dans un équilibre entre la joie et la peine. » (C.G.Jung)

Pour certains, le traumatisme peut être moteur de relance ; ceux-là ont la volonté de mobiliser leurs ressources pour se reconstruire, quand d’autres vont rester dans la plainte et le déni.

carrevert Chacun est-il capable de bricoler ?

Si la mémoire sert à se souvenir des choses et des êtres, elle sert aussi à oublier.Chacun est capable de bricoler, sinon il ne tient pas. Nous bricolons tous, mais nous ne construisons pas les mêmes choses. Ce qui va à l’un peut convenir un peu, beaucoup, passionnément... ou pas du tout... à l’autre. C’est dire l’intérêt d’une trousse à outils pour permettre à chacun de mettre en œuvre ses propres capacités.

« Vous n’êtes pas que votre acouphène, vous êtes plus que ce que vous croyez être. Vous avez beaucoup d’atouts. Mettez en valeur ce que vous aimez en vous. » est un propos que nous avions tenu à une avocate submergée par son acouphène, incomprise sur son lieu de travail et par son entourage. Cette remarque fit son chemin, car quelques semaines plus tard, elle revint nous dire comment elle avait repris confiance en elle.

Nous empruntons à Pete Moore l’idée de la trousse à outils et nous en citons quelques-uns. Il est utile de connaître des trucs et astuces ou d’avoir des repères à sa disposition, tout comme le mécanicien automobile a sa boîte à outils pour réparer un moteur.

Outil n° 1 : accepter ce qui est

C’est le premier outil et c’est aussi le plus important. Accepter ne veut pas dire capituler, mais reconnaître la nécessité de composer pour mieux se prendre en charge.

« Cette acceptation, dit P. Moore, peut être assimilée à l’ouverture d’une porte vous permettant d’entrer dans une pièce dans laquelle vous attendent de nombreuses possibilités en matière d’efforts personnels. cle

La clé dont vous avez besoin pour ouvrir cette porte n’est pas si grande, ni si lourde que vous l’imaginez.Vous n’avez besoin que de la volonté de l’utiliser et vous devez être prêt(e) à aborder les choses différemment ».

 

 

Outil n° 2 : accepter de se faire aider

Le recours à une aide peut se révéler opportune pour franchir un cap difficile, en sachant trouver le professionnel qualifié ou en s’appuyant sur la bienveillance d’un interlocuteur attentif.

Outil n° 3 : les priorités

Apprendre à fixer des priorités et à planifier ses journées est une excellente démarche qui aide à prendre des décisions et à réaliser ce que nous avons à faire.

Ainsi, dans le quotidien, quelles sont les tâches à organiser, à prévoir : faire le ménage, faire les courses, repasser le linge, ranger les papiers au fur et à mesure : prospectus, courriers, journaux ont tendance à s’éparpiller et à encombrer !

Outil n°4 : les activités physiques

Elles sont indispensables pour maintenir la souplesse des muscles et des articulations. L’activité physique, d’une façon générale, favorise le bien-être physique et mental.

La marche est un moyen simple, tout comme la natation, le jogging, le cyclisme ou autre sport à convenir, sachant que la régularité est indispensable.

Outil n°5 : la patience

Il s’agit de résister à la tentation de vouloir trop en faire d’un seul coup, qu’il s’agisse d’activités ménagères ou physiques. Une chose après l’autre.« Il y a un temps pour chaque chose et une chose pour chaque temps » (Ecclésiaste).

Les gens efficaces ne sont pas des gens pressés.« Saisis-toi de chaque heure. » écrivait Sénèque à Lucilius pour lui apprendre à vivre.« Apprendre à vivre, c’est apprendre le temps » (Bruno Jarrosson).

Outil n° 6 : la détente ou apprendre à se détendre Les techniques de relaxation sont très importantes, d’une part, pour relâcher muscles et tensions, d’autre part pour laisser son esprit vagabonder. Parmi ces techniques, la sophrologie en est une qui permet d’apprendre à gérer notamment les émotions.
La détente, c’est peut être lire, écouter de la musique ou jouer d’un instrument, faire du jardinage, rencontrer des amis autour d’un gâteau ou d’un café, aller au cinéma ou au restaurant, méditer, danser ou se promener, bref simplement se faire plaisir...

Outil n°7 : tenir un journal

Pour y noter actions, impressions, progrès, résultats, y compris des choses qui n’ont pas fonctionné ; on apprend autant de ses échecs que de ses réussites.

Outil n°8 : la régularité

Il est indispensable d’utiliser de façon régulière les outils que chacun se choisit.

carrevert À quoi l’expérience de la souffrance peut-elle servir ?

La souffrance est un ressenti qu’éventuellement la personne concernée peut représenter sur une échelle, mais ce qu’elle sait surtout c’est que la souffrance altère considérablement sa vie. On peut supposer que la personne qui a connu – ou qui connaît – l’épreuve est quelqu’un qui est devenu – ou qui devient – plus fort dans la mesure où elle a acquis de l’expérience, avec une certaine manière de sentir les êtres et les choses et d’avoir des éléments de réponse.

Ainsi, une personne souffrant d’acouphènes, d’hype- racousie, de syndrome de Ménière ou de neurinome de l’acoustique, est-elle plus en mesure d’en comprendre une autre atteinte par ce même problème, en comparant les conséquences, même si parfois « Ce n’est pas pareil que moi. ». C’est ce qui est à la base d’associations de patients.

« Quiconque a connu l’expérience d’une vraie rupture est intéressé et même passionné par les ruptures des autres. » (Simone Barbaras)

Pour autant peut-on affirmer que l’on est plus vrai, plus authentique dans la difficulté et qu’il faut avoir connu la souffrance pour mieux comprendre les autres ? Quelle que soit la réponse, l’influence et les effets de l’évènement douloureux permettent proba- blement d’aller plus vite vers la compréhension de l’autre et en même temps de mettre les choses à une plus juste place.

carrevert Avoir une belle vie... avec ou malgré un accident de la vie ?

Sans doute avoir une belle vie est une image un peu factice, tant chacun a sa petite idée, accordant la priorité ou l’importance qui lui convient à la dimension personnelle, familiale, amicale, amoureuse, sociale, professionnelle, relationnelle et en donnant ou en recherchant du sens dans ce qu’il fait ou ce qu’il réalise. Il éprouve plaisirs et satisfactions sans ombre ni nuage, sachant pourtant que ce qui est un jour ne l’est pas forcément le lendemain. Grandir n’est pas être comblé, c’est se résoudre à ce qui est, c’est accepter le manque et faire le deuil.

« Les grands deuils, écrit Simone Barbaras, se font aussi dans la quiétude de la méditation, dans la profondeur des silences. »

À chacun de trouver les solutions qui lui conviennent. La blessure est quelque chose qui empêche d’avoir une belle vie, mais peut-être que cette personne blessée peut se décrire heureuse, avec un nouveau regard et un autre système, car elle seule sait user de ses capacités et qu’elle sait posséder en elle une autre forme de confiance. Il arrive même qu’elle force l’exemple.

On peut parier que chaque personne dispose d’une potentialité formidable qui la relie à quelque chose qui la dépasse, qu’elle ne s’explique pas sur le moment, mais qui la rend capable de reprendre sa vie en main, en dépit de la blessure et de trouver une manière différente de vivre de celle d’avant et ce en dépit d’une frustration ressentie.

« Alors que j’étais au fond du trou, j’ai senti en moi une force qui me venait de je ne sais où, alors, lentement, je me suis relevée. » m’a dit une amie.

Sur les bords de la rivière des Parfums, un jour un ami vietnamien m’a confié « Ce que je connais le mieux, c’est ce qui concerne ma vie, et encore il y a des choses que je ne m’explique pas, parfois je ne me comprends plus moi-même, et pourtant je me sens poussé. »

La capacité de se reconstruire après un traumatisme, quel qu’il soit, dépend probablement de chacun, selon son histoire, sa personnalité, ses capacités, sa volonté. Une note d’espérance ouvre à un champ de réflexion et invite à faire un chemin, tantôt seul(e), tantôt accompagné(e). Pour illustrer cette note, nous empruntons les extraits suivants :

« Il m’a enseigné que nos forces se trouvent au creux de nos faiblesses et de notre fragilité... Dans ces moments où l’espoir n’existe plus, où la psyché souffre, jaillit l’espérance. Elle est ce qu’il reste quand tout est perdu. Indicible, indéfinissable, elle nous enseigne que nous ne sommes pas notre corps ni notre psyché.

Elle est de l’ordre de l’esprit, un esprit plus grand que nous, au-delà de la vie ordinaire... Lorsque tout est perdu, il reste le mystère, l’improbable, l’invisible... La relation se joue dans la réceptivité de l’autre, de sa fragilité, de la nôtre. » Danièle et René Sirven.

Merci à Marianne, Sophie et Véronique pour l’aide que chacune m’a apportée. carrevert

Bibliographie

Simone Barbaras : La rupture pour vivre Paulo Coelho : Le Manuscrit retrouvé

Le démon et Mademoiselle Prym

Boris Cyrulnik : Les vilains petits canards

Pete Moore : La trousse à outils pour une meilleure gestion de la douleur

Samuel Pisar : Le Sang de l’espoir
Danièle et René Sirven : La souffrance et la grâce

Récit d’une exécution

TINNITUSSIMO -4e TRIMESTRE 2014 1