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La santé des personnes acouphéniques et hyperacousiques, Résultats de l’enquête de l’Inpes

 

Audrey Sitbon Chargée d'études et de recherches, InpesAudrey Sitbon

Chargée d’études et de recherches, Inpes

Le Baromètre Santé Sourds et Malentendants (BSSM) est une enquête sur la perception et la santé despersonnes sourdes et malentendantes et/ou concernées par des troublesde l’audition, en particulier les acouphènes et l’hyperacousie.

Cette étude a été réalisée en 2011/2012 par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé en partenariat avec la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie. Les perceptions etles comportements liés à différentes thématiques de santé ont été interrogés et les résultats comparés à ceux observés dans la population générale.

Dans le BSSM, près de 3 000 personnes ont pu être interrogées par Internet. Parmi elles, 1/3 sont des personnes sourdes pratiquant la langue des signes. La moitié de l’échantillon présente des acouphènes et 1/4 de l’hyperacousie. Par ailleurs, 1/3 de l’échantillon se dittrès gêné par les troubles de l’audition et 1/3 moyennement gêné. 5 % de l’échantillon est concerné par ces troubles sans surdité associée.

carrerouge Liens entre acouphènes, hyperacousie et santé

La perception de la santé, et en particulier de la santé mentale des personnes concernées par des troubles de l’audition, a pu être interrogée à partir de plusieurs questions. Dans tous les cas, la situation est moins bonne si l’on compare celles qui se disent très gênées par les troubles de l’audition en comparaison avec les autres (soit celles indiquant être moyennement gênées par les troubles ou qui présentent une surdité sans trouble).

Ainsi, 34,4% des personnes pour qui l’impact des troubles est important indiquent une santé perçue médiocre contre 15% dans le reste de l’échantillon. 63 % se trouvent en situation de détresse psychologique (contre 37,5%). Le niveau de détresse psychologique est calculé par la réponse à des questions portant sur l’état des personnes durant les 4 dernières semaines. On leur demande dans quelle mesure elles se sont senties très nerveuses, découragées, calmes et détendues, tristes ou heureuses. Enfin, les personnes ont été interrogées sur le fait d’avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois. Cela concerne 32,5 % de celles se disant très gênées par des troubles de l’audition contre 15% dans le reste de l’échantillon.

Si l’on compare les données du BSSM sur l’ensemble de la population avec celles du Baromètre santé 2010, force est de constater que les écarts sont importants. Les résultats sont largement en défaveur de la population du BSSM sur le plan de la santé perçue en général et de la santé mentale en particulier. (voir tableau ci-dessous)

 

Baromètre sourds et malentendants - Santé mentale

 

carrerouge Recours aux soins et demandes d'informations

Face à une santé dégradée, dans quelle mesure les personnes interrogées se tournent-elles vers les professionnels de santé ? Ont-elles davantage recours à certains spécialistes ? à certaines médications ?

Quand les troubles de l’audition sont fortement ressentis, des aides médicamenteuses sont plus souvent présentes pour calmer la nervosité et aider à dormir : 69,6 % en ont consommé dans les 12 derniers mois (contre 46,1% dans le reste de l’échantillon). Le recours au psychologue et au psychiatre est également plus fréquent ainsi que les consultations d’ORL et d’acupuncteur.

Parallèlement, les personnes très gênées par les troubles de l’audition déclarent plus souvent avoir dû renoncer à des soins pour raison financière (30,5% contre 19,7%). Cela pourrait être le signe d’une difficulté à faire face à un besoin important en matière de consultations spécialisées. Une forte consommation de soins pourrait être également le signe d’une absence de réponse satisfaisante.

Par ailleurs, la question a été posée de savoir sur quels sujets relatifs à la santé les personnes souhaitaient être informées. Pour celles qui ne pratiquent pas la langue des signes, les demandes sur les acouphènes sont les plus importantes (19%), à la fois pour en comprendre les mécanismes et pour être au courant des avancées sur la recherche et les traitements. Les questions autour de la surdité sont aussi très présentes : les personnes souhaitent en savoir plus sur leur origine (même lorsque celle-ci est identifiée), sur leurs mécanismes (neurinome de l’acoustique, otospongiose, maladie de Menière, traumatismes sonores...) et leurs évolutions, sur les avancées de la recherche et des traitements, ou encore sur les professionnels qualifiés. L’hyperacousie fait l’objet de requêtes du même ordre. Les conséquences de la surdité (sur les comportements, l’état général, les déséquilibres) ou les risques pour la santé physique et mentale, notamment en lien avec le travail, sont mentionnées. Les thématiques relatives à l’accessibilité au sens large sont assez prégnantes, en particulier sur la reconnaissance du handicap, les aides au travail, les appareils, implants cochléaires ainsi que sur les aides financières pour s’équiper. Les personnes souhaiteraient également bénéficier de conseils pour mieux vivre au quotidien, connaître les moyens éventuels de rééducation, ainsi que pour prévenir l’aggravation de la surdité.

Ces résultats confirment l’importance du travail que les pouvoirs publics ont à poursuivre, mais aussi l’importance du rôle des associations, par les actions de communication qu’elles engagent et leur lien direct avec les usagers.

 

TINNITUSSIMO 87 - 1er TRIMESTRE 2015