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AngeB

Mieux-etre

Étonnante étoile filante

Par Ange Bidan

 

 

 

 

Lorsque l’on souffre d’une pathologie non reconnue et sans traitement guérissable connu au sens de la médecine traditionnelle, il convient de chercher de l’aide. C’est souvent le parcours du combattant, semé d’embûches, décevant, où nous nous sentons seul et faible face à l’adversité. Quoi dire, quoi faire dans cette situation ? Notre sensibilité est exacerbée, nos sens sont à l’écoute d’une information, d’un espoir, nous ne savons pas à qui se vouer.

Le texte qui suit, écrit par Ange Bidan, fourmille d’exemples/témoignages vécus qui nous rappellent qu’autour de nous, dans notre vie, des belles choses se passent et qu’il suffit souvent de rester les yeux ouverts et les oreilles attentives au moindre son pour capter ne serait-ce qu’une image furtive ou un bruit dont on regrette qu’il soit si bref, dont on recherche le souvenir intensément et qui nous permet de rebondir vers un mieux-être quotidien.
JG

 

Pour les astronomes, une étoile filante est une météorite, une particule de poussière, qui, en provenance de l’espace, s’enflamme et se consume au moment où elle pénètre dans l’atmosphère terrestre, et ce en raison de sa vitesse.
Ce phénomène s’observe par temps clair, en particulier au cours de l’été. Un observateur attentif peut voir entre 4 et 10 étoiles filantes par heure.
Pour intéressantes, voire passionnantes qu’elles soient, pour la plupart d’entre nous, les explications données par des scientifiques spécialisés passent au dessus de nos têtes.
Et pourtant, ce phénomène astronomique reste sujet d’une symbolique ancienne. Au cours des temps, il y a eu, et il y a encore, des sens très divers selon les civilisations, les cultures, les événements. Ainsi par exemple, il fut un temps où à la vision d’une étoile filante, il était recommandé de faire une prière pour un défunt.

Il demeure que l’étoile filante parle à chacun et renvoie à son imaginaire. De nos jours, il est courant de s’entendre dire de faire un vœu, en le gardant secret et en espérant sa réalisation, comme si cet instant avait le pouvoir de se rendre maître de la situation

 

  « Une étoile filante, vite les gars, faites un vœu ! » Jean-Paul Sartre

carre bleu10 Un inattendu soudain et furtif

Au gré des jours, là où nous sommes, à un moment donné, telle une étoile filante, soudain un presque rien, un événement, une parole, se présente et s’en va. C’est un quelque chose qui nous accroche, nous retient, nous provoque. C’est l’espace d’un instant qui s’imprime en nous.

  « Elle m’a filé entre les mains sans que je puisse la retenir, et pourtant elle m’a tant laissé. »

Nous pouvons tantôt rechercher un signe, une signification, prédire un évènement, tantôt ressentir un souvenir douloureux ou un nouvel élan. Il demeure qu’un inattendu vient interpeller et marquer d’une manière beaucoup plus forte qu’il y paraît. La rue peut trembler sous les poids des autobus et autres tramways bondés ou à moitié vides, les voitures peuvent fuir la ville le soir pour y revenir tôt le lendemain matin, les préoccupations nous submerger et semer le trouble, il peut alors ressurgir en nous l’étincelle d’une parole, l’exemple d’une attitude, d’une situation.

carre bleu10 Des exemples

Au soir des dernières épreuves de baccalauréat, la nuit venue, deux lycéens échangent sur leurs éléments de réponse aux questions posées. Soudain, une étoile filante dans le ciel. L’un d’eux dit : « Vite, c’est le moment de faire un vœu. ».

Le premier à s’exprimer, fils d’un marchand ambulant de tissus, confie que pour lui, l’important est d’obtenir son baccalauréat. Le second souhaite que sa bien-aimée reste avec lui. L’histoire dit que le vœu du premier fut vite connu et exaucé ; elle ne dit rien sur celui du second.

Trente ans plus tard, ce fils de marchand de tissus est devenu professeur en sciences économiques et sociales. Il se souvient fort bien de ce moment avec son ami de lycée. Un jour, son souvenir est réactivé à la réception d’une lettre signée d’une de ses élèves de terminale. « Vous m’avez fait découvrir l’économie. De milieu modeste, dans mon entourage familial, je n’ai jamais entendu parler des sciences politiques. Je vous remercie de m’avoir guidé sur la voie de concours et d’ambition que je n’avais jamais imaginée. ». Si ce professeur est content de ce compliment, il reste très humble, car, dit-il : « Je ne suis qu’un enseignant, c’est mon devoir, mais surtout, je ne sais pas à quel moment, ni dans quelles conditions cette élève a eu un déclic. ».

Dans un livre autobiographique, l’auteur raconte comment, enfant, il était livré à lui-même, réveillé la nuit par les violentes disputes de ses parents. Il allait à l’école en sabots, avec des vêtements rapiécés. Un parcours hors norme, dans le dénuement d’une ville bombardée avec ses baraques en bois, l’humiliation d’être pauvre, l’angoisse d’un enfant grandi trop vite. C’est son professeur principal de 6e qui change le cours de sa vie. Il est son modèle, « le père que j’aurais voulu avoir ».

La chance, le hasard, le travail, les belles rencontres éveillent une détermination chez un touche à tout qui devient polytechnicien en ingénierie de l’armement. Le cheveu a blanchi, mais dans ses yeux bleus, il y a toujours le souvenir de ce personnage d’école.1

La presse s’est fait l’écho de la rencontre entre le président du conseil constitutionnel et d’un sans domicile fixe aux abords du drugstore sur les Champs Élysées. Pendant que le président est dans le magasin, le sans domicile fixe lui garde son vélo. De là est né un attelage étonnant qui prend le chemin de la curiosité et de la complicité dans une ambiance respectueuse. Le président suggère à cet homme de 47 ans d’écrire son histoire. Après des hésitations, l’idée prend forme avec son aide. Chemin faisant, au fil de séances, l’auteur connaît l’imposant bureau d’un acteur politique influent. Cette rencontre a manifestement touché le président. Quant à l’auteur, avec du temps et un peu de honte, il a saisi cette main tendue. Lorsqu’ il a vu son livre pour la première fois, il a eu les larmes. Il a changé son regard sur lui-même, et construit quelque chose dont il est fier. 2

    

« Il n’existe pas de vie complète, seulement des fragments. » James Salter : Un bonheur parfait

Au soir d’une longue randonnée en montagne, au début du mois d’août, fourbue de fatigue, c’est la pause dans un refuge pour cette femme de 45 ans. Il fait frais, les étoiles sont accrochées dans un ciel clair et figé, soudain une étoile filante, puis deux. « J’étais dans une période tumultueuse et malheu- reuse ; pourtant j’étais heureuse. Je me souviens de ce soir-là, de l’émotion que j’ai éprouvée, d’un instant qui m’a transformée en me redonnant de la force. Était-ce le fait d’avoir réalisé cette course ? »

Un jeune homme de 26 ans termine un stage d’un mois dans un établissement pour personnes âgées. Il est marqué par la qualité de l’accompagnement offert dans la routine quotidienne. Le peu de soins qu’il a pu donner l’a fait entrer dans une émouvante intimité avec ces personnes.

Le jour même de son départ, alors que son train est dans moins de deux heures, il sert le petit déjeuner. 14 C’est alors qu’il est appelé auprès d’une résidente qui se trouve au seuil de la mort. Cette résidente est la première qu’il a rencontrée et qui l’a accueilli le jour de son arrivée. Il reste auprès d’elle. Le départ de cette femme le bouleverse par la sérénité et le calme impressionnant de ces moments où elle murmure de temps à autre des « merci ».

Dans son bagage, il a mis quelque chose.

 

« Les seules choses importantes d’une vie sont celles dont on se souvient. »Renoir

Par un bel après-midi de mai, une femme assiste à une messe d’obsèques. Elle y entend une prière magistralement chantée par une voix féminine. Elle est émue et rentre troublée par un sentiment étrange.

Quelques semaines plus tard, elle prend contact avec l’interprète et lui demande si elle accepterait de prêter sa voix à la messe de mariage de sa fille, tant elle voudrait que cette célébration ait une tonalité aussi forte que celle qu’elle a vécue.

Elle ignore que l’interprète est chanteuse occasionnelle ; elle est la fille de la défunte, elle souffre d’acouphènes, de vertiges et de troubles de l’audition. Inattendu d’une rencontre dans la trajectoire de l’histoire de deux personnes aux préoccupations différentes. L’une et l’autre échangent un sourire.

« À cause de mes acouphènes qui m’empoisonnent, j’hésite souvent à fréquenter des lieux où il risque d’y avoir du bruit.Je suis allé à un concert de musique classique. Je connais Mendelssohn, Vivaldi et ses 4 saisons, et d’autres compositeurs, mais cette fois, j’ai été émerveillé et transporté par la qualité de l’interprétation. J’ai ressenti une plénitude apaisante...Bizarrement, ça m’a redonné du punch ! »

« J’ai rempli ma vie de rêves et de voyages, et j’ai voyagé. J’ai connu l’espérance et les doutes. Mon enfance et mon adolescence furent douloureuses, mais qui n’a jamais éprouvé quelque difficulté. J’ai eu ce rêve de soulager la souffrance des autres, comme celui d’accompagner mes enfants au plus proche en leur laissant la liberté pour grandir et trouver leur chemin. J’ai eu ce rêve d’embellir le monde en aidant ceux dont on se préoccupe le moins.

Je ne sais si je suis parvenu à tout cela, mais ce que je sais c’est que la vie s’est montrée généreuse, parce que j’ai vu beaucoup d’étoiles filantes admirables ! ».

C’est ce qu’un conférencier de passage nous a confié un soir d’automne.

carre bleu10 Un inattendu qui s’impose

Ces bouts d’histoire montrent la diversité de l’inattendu et la manière dont la personne l’a vécu avec son expérience et son imaginaire. Cet inattendu, survenu le plus souvent de nulle part, peut être l’occasion de pénétrer dans notre espace intime et de s’interroger sur ce qui nous anime et nous pousse, comme si quelque chose lentement se transformait en silence.

Ce n’est pas parce que quelqu’un a fait le chemin de Compostelle, ou un autre grand raid – avec le respect et l’admiration qui s’y rattachent et que l’on peut avoir – qu’il est indispensable d’en faire autant. C’est à chacun de trouver sa route et de donner une signification aux choses rencontrées. D’ailleurs « Curieusement, il suffit de peu de choses pour influer positivement sur la vie de quelqu’un. » 3

Dans l’émerveillement de la musique, c’est l’auditeur qui interprète et ressent. Dans l’observation d’une peinture, « C’est le regardeur qui fait le tableau. » pour reprendre une expression du peintre Marcel Duchamp.

 « L’artiste est celui qui nous montre du doigt une parcelle du monde. » Jean-Marie Gustave Le Glézio

Allez savoir comment naît un déclic, une motivation, une histoire, une amitié. « Parce que c’était lui, parce que c’était moi. » disait Montaigne à propos de son amitié avec La Boétie.

 

1François Boulard : « Et pourtant, ils m’aimaient ». (www.petroleuseseditions.com)

2 Jean-Marie Roughol et Jean-Louis Debré : « Je tape la manche, une vie dans la rue » - Éditions Calmann-Lévy.

3Danielle Steel : Offrir l’espoir (page 134)

 


en guise de conclusion...
   Il est des choses que nous ignorions et qui paraissaient obscures et impossibles, et voilà qu’une suggestion, une remarque les rend visibles et réalisables.

Il est des blessures que l’on croyait ne jamais pouvoir refermer, ou des cicatrices ne plus pouvoir supporter, quand une parole, un exemple vient les soigner et les adoucir. Il est des choses de la vie qui nous empoisonnent vraiment le quotidien et qui s’estompent quand un petit fait, un écho subtil dépose de la sérénité.

Encore faut-il savoir regarder la beauté quand elle est là. Elle peut surprendre !

C’est une bonne étoile.

TINNITUSSIMO n°90 - 4e TRIMESTRE 2015