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 Luis Godhino

Luis Godinhounsaf

Président du Syndicat National des Audioprothésistes – UNSAF

 

 

 

Congrès des audioprothésistes du 18 au 20 mars 2016

Présentation d’une étude économique inédite sur les coûts du non-équipement

L’étude « Impact économique du déficit auditif en France et dans les Pays développés -Revue de la littérature scientifique 2005-2015 », rédigée - à l’initiative du Synam, Synea, Unsaf et du Collège national d’audioprothèse (CNA) - par l’économiste Jean de Kervasoué et Laurence Hartmann, professeur au Cnam, a été présentée en exclusivité au Congrès des Audioprothésistes. Cette dernière juge favorable de financer les audioprothèses plutôt que les surcoûts liés au non-équipement.
« Impact économique du déficit auditif en France et dans les pays développés, revue de la littérature scientifique 2005-2015 »  I C I 

L’étude est l’une des premières à aborder la question des aides auditives sous l’angle de l’efficience économique. En s’appuyant sur de nombreux travaux internationaux et en appliquant plusieurs méthodes de calcul, les deux économistes concluent qu’il serait plus rentable, d’un point de vue économique, pour l’assurance maladie de financer à 100 % l’équipement en appareils auditifs de la population malentendante, plutôt que de financer les surcoûts médicaux engendrés par le non-équipement.

  • Trop de personnes non appareillées

Les auteurs rappellent tout d’abord que la prévalence du déficit auditif est évaluée entre 8,6 % et 11,2 % de la population totale française. Sur ces quelque 6 millions de personnes, 3 millions seraient appareillables, mais seulement 2 millions sont équipées d’aides auditives. En outre, si l’assurance maladie subventionnait la totalité de l’appareillage des personnes malentendantes non équipées (près de 800 000 personnes), cela éviterait de nombreux surcoûts, notamment en termes de perte d’autonomie et de morbidité chez les personnes âgées.

Pour calculer le coût de la perte d’audition du point de vue de l’assurance maladie, le rapport s’appuie d’abord sur différents travaux estimant les coûts en termes de surmorbidité qui génèrent statistiquement une surconsommation de soins. Les gains économiques d’une meilleure prise en charge pouvant être calculés, ce faible remboursement est d’autant moins compréhensible. Ainsi, la perte d’audition, sans appareillage, coûterait 23,4 milliards d’euros. L’équipement actuel en appareils auditifs, qui limite les divers effets de la perte d’audition, permet de diminuer ce coût de 30 %.

  • Impact de la perte d’audition pour l’assurance maladie

Les économistes utilisent ensuite une seconde méthode de calcul pour mesurer l’impact de la perte d’audition du point de vue de l’efficience économique et des contraintes budgétaires inhérentes à l’assurance maladie. Celle-ci permet à l’étude de conclure que le coût évitable en termes de soins est de l’ordre de 290 millions d’euros pour l’année 2014.

Le rapport conclut grâce à ces deux méthodes de calcul, qu’un financement à 100 % de la population non équipée permettrait à l’assurance maladie d’économiser 200 millions d’euros de soins médicaux, tout en améliorant grandement la qualité de vie des personnes équipées. Les conclusions de ce rapport appuient donc les revendications des représentants du secteur de l’audioprothèse - le CNA, le Synam, le Synea et l’Unsaf - pour l’ouverture de négociations avec l’assurance maladie.

  • Appareillage et diminution du déclin cognitif

L’étude souligne aussi que le déficit cognitif entraîne des difficultés de compréhension et de communication, mais « est également associé à une plus grande fréquence des troubles mentaux, du déclin cognitif, des chutes et même de la mortalité ». Les auteurs citent notamment une récente étude de l’Inserm qui met en relief que le port d’une prothèse auditive contribue à diminuer le déclin cognitif :
Self-reported hearing loss, hearing aids, and cognitive decline in elderly adults: A 25-year study. Amieva H, Ouvrard C, Giulioli C, Meillon C, Rullier L, Dartigues JF. J Am Geriatr Soc. 2015 Oct;63(10):2099-104.  I C I

 

  • Solutions proposées

Les auteurs proposent finalement d’assurer une couverture quasi-totale de la demande de soins avec des appareils en entrée de gamme, et ce, sur la base d’un prix forfaitaire. Cela permettrait aux usagers de décider ou non d’acquérir des produits différenciés. Les auteurs préconisent également de renforcer la prévention auprès du grand public, de développer les dépistages ou encore d’améliorer l’information des pouvoirs publics à tous les niveaux de décision du système de santé sur l’enjeu du déficit auditif. Cette étude ouvre ainsi des perspectives nouvelles pour l’assurance maladie et les pouvoirs publics. Le CNA, le Synam, le Synea et l’UNSAF appellent à l’ouverture de négociations avec l’État, les financeurs obligatoires et complémentaires et les associations de patients, afin de bâtir une nouvelle politique de prise en charge du handicap auditif.

CNA : Collège national d’audioprothèse
Synam : Syndicat National des centres Audition Mutualiste
Synea : Syndicat national des entreprises de l'audition