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Substances ototoxiquesL’ototoxicité (étymologiquement : toxicité pour l’oreille) se manifeste par une altération des fonctions auditives et ou vestibulaires normales, accompagnée secondairement d’une dégénérescence des cellules sensorielles de la cochlée (audition) et/ou du vestibule (équilibration).

Une centaine de médicaments sont potentiellement ototoxiques. Les sujets présentant un acouphène doivent éviter de prendre des médicaments dont les effets ototoxiques sont avérés. Ils doivent donc signaler ou rappeler à leur médecin qu’ils ont un acouphène au moment de la rédaction de toute nouvelle ordonnance.
Le danger potentiel pour l’oreille varie selon le groupe auquel les médicaments considérés appartiennent.
Certains sont des ototoxiques définitivement prouvés : il s’agit principalement d’antibiotiques, de diurétiques, des salicylates (aspirine et drogues apparentées), de drogues ordonnées contre le paludisme et d’anticancéreux. D’autres sont potentiellement ototoxiques en particulier après un usage prolongé ou à hautes doses ; c’est le cas de l’Ibuprofen (Advil, Nurofen), de la quinine ainsi que de certains anti-dépresseurs comme l’imipramine (Tofranil).
D’autres encore ne manifestent leur toxicité que dans des cas très rares et de manière généralement réversible : quelques antibactériens (Hexachlorophène, Phisohex), antibiotiques (Ampicilline) ou antidépresseurs (Anafranil).

Certaines de ces drogues sont spécifiquement toxiques pour le vestibule, leurs effets se manifestent alors sous forme d’étourdissements, de vertiges, de nausées et/ou de vomissements ; d’autres concernent spécifiquement la cochlée, provoquant acouphènes et/ou perte auditive ; d’autres encore combinent ces deux types d’effets.

Nous allons considérer successivement les différentes classes de médicaments ototoxiques en citant les principales spécialités concernées.

  • Anti-inflammatoires

Salicylates
Aspirine‚, Aspégic‚, Aspro‚, Catalgine‚, Kardégic‚, Solupsan‚
Ces substances ont des effets avant tout cochléotoxiques, clairement fonction de la dose et de la concentration utilisée, survenant après intoxication aiguë ou traitement prolongé ou bien conséquences d’un surdosage modéré, apparaissant à partir de 2,7 g/jour. Au delà de 4g/jour, on provoque des acouphènes chez 50% des patients et une baisse auditive dans 75%.

Autres anti-inflammatoires

Acides acétiques : Indomethacine, Indocid‚
Acides propioniques
Fenoprofène Nalgésic‚,
Ibuprofène Nurofen‚ Nureflex‚ Advil‚,
Naproxen Apranax‚ Naprosyne‚.
Acide méfénamique Ponstyl‚
Acides énoliques : piroxicam Feldène‚

Les deux molécules le plus souvent incriminées sont l’Ibuprofène et le Naproxen.

  • Cancerologie/hematologie

Cisplatine et derives
-Cisplatyl, Eloxatine‚ Oxaliplatine, Paraplatine‚ Carboplatine
Les effets uni- ou bi-latéraux consistent en des acouphènes fréquents accompagnant une surdité sur les aigus. Cependant, en cas d’administrations répétées, les autres fréquences peuvent être atteintes résultant en un trouble de la discrimination d’installation progressive. Dans certains cas la surdité peut s’installer brutalement.
autres
-Dérivés de la moutarde azotée (cochléotoxique : surdité et acouphènes permanents)
-Bléomycine (acouphènes possibles)
-Vincristine (cochléotoxique)
-Vinblastine
-Methotrexate (toxicité cochléaire et vestibulaire)

  • Diuretiques

Furosémide Lasilix‚

  • Antibiotiques

Aminosides
-Amiklin (toxicité cochléaire et vestibulaire)
-Gentamycine (toxicité cochléaire et vestibulaire, dose-cumulée)
-Isepalline (toxicité cochléaire et vestibulaire)
-Tobramycine Nebcine‚ (toxicité cochléaire et vestibulaire)
-Netilmycine
-Netromycine‚ (toxicité cochléaire et vestibulaire)
-Kamycine‚ (toxicité cochléaire et vestibulaire)

Les Aminosides exercent leur effet ototoxique qu’ils soient administrés par voie parentérale, entérale, en aérosols ou en applications locales (gouttes dans le conduit). Le risque ototoxique est similaire que l’administration soit effectuée en une seule prise ou en plusieurs.

L’ototoxicité est différente selon la molécule considérée : la néomycine est la substance la plus cochléotoxique avec des cas rapportés après aérosolthérapie. Sa vestibulotoxicité est plus rare ; la streptomycine est la plus vestibulotoxique (retrouvé chez 20 à 75% des patients traités). Elle provoque une baisse auditive dans 4 à 15% des cas. La gentamycine est plus vestibulotoxique (incidence allant jusqu’à 30%) que cochléotoxique (4 à 5% de baisse auditive). Kanamycine, amikacine et nétilmicine sont plus cochléotoxiques (respectivement 10 à 60%, 3 à 24%, 0.4 à 22%).

Macrolides
Erythromycine

-Erythrocine‚
-Erytrogram‚
-Pediazole‚
Ils induisent une surdité bilatérale, souvent associée à des acouphènes. Les vertiges sont possibles. Contrairement à ce qui est observé avec les aminosides, la surdité peut atteindre aussi bien les fréquences conversationnelles que les fréquences plus aiguës. Elle est donc aisément décelable par le patient.
Dose-dépendants, ces effets surviennent pour des doses supérieures à 4g/jour ou bien à partir de 2g/jour en cas d’insuffisance rénale ou hépatique. Pas d’ototoxicité en dessous de 2g/j sauf en cas d’administration intra-péritonéale lors de dialyses.

Clarithromycine
-Naxy‚ Zeclar‚ : des cas d’acouphènes et d’hypoacousie, en règle générale réversibles à l’arrêt du traitement, ont été signalés pour des posologies > 1g/jour.

Azithromycine
- Zithromax‚
Vancomycine
-Vancocine
-Vancomycine
Les effets oto-toxiques dose-dépendants consistent en acouphènes et surdité potentiellement irréversibles, portant initialement sur les aigus. Ils sont rapportés pour des taux sanguins élevés (> 30 à 45 mg/l) et en cas de traitement concomitant par d’autres ototoxiques.

Polymixine
-Colymycine (toxicité cochléaire et vestibulaire en instillations)

Tetracyclines
-Doxycycline Vibramycine‚ comprimés
-Minocycline Acneline‚ Mynocine‚

La minocycline (utilisée notamment dans le traitement de l’acné et de la pseudoarthrite rhumatoide) est vestibulotoxique surtout chez la femme. Cinquante à 100 mg 2 fois par jour provoquent étourdissements, vertiges, instabilité après 1 à 3 jours de traitement, qui disparaissent 48 à 72h après l’arrêt de la prise.

  • Antipaludeens

Quinine
-Quinidine Quinimax‚ comprimés et injections (acouphènes, vertiges, baisse auditive)
-Quinine chlorhydrate Lafran
Les effets observés sont en règle générale réversibles et consistent en acouphènes fréquents, même à faibles doses, avec une très forte variation inter-individuelle.
Dans les traitements prolongés à dose supérieure à 200-300 mg/jour, 20% des patients ressentent une instabilité et des acouphènes qui précédent une baisse auditive en règle générale réversible, sur les fréquences graves.

Chloroquine
-Nivaquine‚
-Savarine‚
Des cas de surdité sévère et définitive ont été rapportés après des traitements le plus souvent prolongés et à fortes doses mais aussi après la prise de petites doses.

autres antimalariques ototoxiques
-Méfloquine Lariam ‚ (vertiges, instabilité)
-Pyriméthamine Malocide‚, Fansidar‚

  • INTERFERON

L’interféron présente un taux élevé d’ototoxicité (45% d’acouphènes avec surdité). Il semblerait que ces effets surviennent après un traitement prolongé et soient réversibles à l’arrêt du traitement.

  • TOPIQUES LOCAUX ORL (dans les cas où il existe une perforation tympanique sèche)

-Antibiosynalar‚ (toxicité cochléaire et vestibulaire)
-Auricularum‚ (cas de vertiges rapportés)
-Colicort‚
-Corticétine‚, Framyxone‚( toxicité cochléaire et vestibulaire)
-Desocort‚ ( toxicité cochléaire et vestibulaire)
-Dexapolyfra‚ (toxicité cochléovestibulaire pour le foetus, contre-indiqué durant la grossesse)
-Panotile‚
-Polydexa‚

  • ANESTHETIQUES LOCAUX ET REGIONAUX

-Lidocaïne Xylocaïne‚
-Bupivacaïne Marcaïne‚ (Rachianesthésie)
-Morphine (en épidural)

  • AUTRES DROGUES OTOTOXIQUES

ANTI-ARYTHMIQUES
- à base de quinidine, lidocaine, tocainide et flecainide (Flecaïne‚)
- béta-bloquants (propanolol, metoprolol) : aggravation d’acouphènes pré-existantS
- anti-calciques (Adalate‚)

ANTI-HYPERTENSEURS
-Diazoxide Hyperstat‚, enalapril Renitec‚ : cochléotoxicité rapportée

ANTI-CONVULSIVANTS
-Carbamazépine Tégrétol‚, acide valproïque Dépakine‚ : cochléotoxicité rapportée

ANTI-ULCEREUX
-Cimetitidine Tagamet‚, Famotidine Pepdine, oméprazole Mopral‚ : cochléotoxicité rapportée

HORMONES ET CONTRACEPTION ORALE
- cochléotoxicité rapportée très variable selon la sensibilité individuelle.

OPIOÏDES
- Morphine Moscontin‚ Skenan‚ pentazocine Fortal‚ : des cas de cochléotoxicité ont été rapportés.

ANTI-DEPRESSEURS
Antidépresseurs imipraminiques :
- Surmontil‚, Anafranil‚,
Acouphènes rapportés chez 1% des patients traités.

IMAO
- Miansérine Athymil‚ donnent des acouphènes
- Fluoxétine Prozac‚ entraînent une perte auditive

BENZODIAZEPINES
- Diazepam Valium‚ induit des acouphènes lors du sevrage.

DES ACOUPHENES ONT ETE EGALEMENT RAPPORTES APRES PRISE DE :
-Anti-histaminiques
-Caféine
-Aminophylline Planphylline‚
-Acétazolamide Diamox‚
-Levodopa Modopar‚ Sinemet‚
-Deferoxamine Desféral‚ (cochléotoxique dans 25 à 75% des cas, à dose journalière supérieure à 35-50 mg/kg).

Bien que constituée à partir de sources sures, cette liste souvent demandée par vous, ne doit pas être considérée comme une référence infaillible. Il ne faut pas oublier que seuls 1,6 à 3 cas d’ototoxicité sont observés pour 1000 patients traités.
Compte-tenu du caractère souvent multi-factoriel des manifestations d’ototoxicité, la personne la plus apte à peser les avantages et risques éventuels de l’instauration d’un nouveau traitement demeure bien entendu votre médecin.

SOURCES :

- Seligmann H. et al., Drug-induced tinnitus and other hearing disorders. Drug safety, (1996), 14(3):198-212.
- Tange R.A., Ototoxicity. Adverse Drug React. Toxicol. Rev. (1998), 17(2/3):75-89.
- American Tinnitus Association