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7e Congrès Tinnitus Research Initiative à Valence : Un message d’espoir pour le traitement des acouphènes

Cite des arts et des sciences à Valence Espagne

 

Par les correspondants Audio infos locaux : Kristin Suleng et José-Luis Fernandez. Adaptation française : Ludivine Aubin-Karpinski et Arielle le Masne

La Tinnitus Research Initiative (TRI) a organisé du 15 au 18 mai 2013, la septième édition de son rendez-vous annuel à Valence en Espagne. Le mot d’ordre de cette conférence « Acouphènes ! : une maladie traitable », a été choisi pour mettre en exergue les options thérapeutiques largement disponibles et innovantes ainsi que les dernières avancées de la recherche en acouphénologie.

 

 

« Les acouphènes sont une maladie curable et impliquent diverses disciplines cliniques » a rappelé Berthold Langguth, président du Comité exécutif de la TRI et neurologue à l’université de Ratisbonne en Allemagne, en ouverture de la
 première conférence plénière du
 congrès.

Au cours de cette session 
intitulée « Gestion des acouphènes :
une approche multidisciplinaire »,
six professionnels ont présenté les 
fondamentaux en matière de diagnostic et de thérapeutique dans différentes spécialités. L’éclairage de l’ORL a été apporté par Tobias Kleinjung, de l’université de Zurich, qui a souligné l’importance du premier contact entre le médecin ORL et le patient acouphénique, rappelant qu’il doit notamment « prendre en compte le contexte psychosocial du patient et éviter le catastrophisme au moment de l’annonce du diagnostic. » Selon lui, l’ORL devrait avoir un rôle de coordinateur lorsque des professionnels d’autres disciplines sont impliquées dans la prise en charge.

Berthold Langguth a, quant à lui, formulé des souhaits résolument tournés vers la mise en œuvre pratique des nouvelles modalités de traitement, soulignant que « Le succès de la prise en charge des acouphènes dépend de l’implication de toutes les disciplines, œuvrant ensemble. Il est nécessaire d’établir des centres et des réseaux dédiés supplémentaires, tout autant que de développer davantage de traitements. Nous sommes, aujourd’hui encore, confrontés à des limites, certaines pourront être dépassées par une meilleure reconnaissance des différents sous-types d’acouphènes et l’identification des facteurs prédictifs des résultats thérapeutiques. »

carrevert Acouphènes : les jeunes aussi !

Deux études cliniques récentes, l’une menée au Brésil et l’autre en Belgique, confirment la forte prévalence des acouphènes chez les jeunes. Les enquêtes révèlent de plus que les réactions des adolescents comme de leurs parents sont caractérisées par une certaine incrédulité quant au caractère pathologique de ce symptôme. Deux spécialistes, Tanit Ganz Sanchez (San Paolo) et Sarah Rabau (Anvers) tirent la sonnette d’alarme contre cette passivité et tentent de médiatiser les quelques éléments clés de prévention.

Les travaux menés depuis plusieurs années par l’équipe brésilienne de Tanit Ganz Sanchez permettent de mieux appréhender l’incidence des acouphènes chez les jeunes. Dans une étude récente sur 170 jeunes brésiliens âgés de 11 à 17 ans, les entretiens et les examens audio- métriques ont permis d’identifier 93 sujets présentant ou ayant présenté des acouphènes dans les 12 mois précédant l’enquête. L’incidence des acouphènes dans cette population âgée de 14 ans en moyenne était donc de 54,7%. Les adolescents atteints présentaient des acouphènes bilatéraux et symétriques dans 78,5% des cas. Seul un tiers était capable de décrire la fréquence principale et le volume de leurs acouphènes lors de l’évaluation audiométrique et il existe d’importantes variations dans les hauteurs tonales décrites, de 0,25 à 16 kHz, mais la majorité se situait entre 10 et 12 kHz. Le volume moyen des acouphènes était d’environ 7 dB, mais ici aussi avec une grande amplitude de variation, de 1 à 29 dB.

Plus de la moitié des jeunes
 décrivaient bien que la symptomatologie était survenue dans
les heures ou les quelques jours
 suivant une exposition à un
 environnement bruyant, mais 
ils n’étaient que 42% à se dire 
préoccupés par ce symptôme, avec un score moyen de gêne évalué à 3,57 sur 10 sur une échelle visuelle analogique.

Malgré la grande fréquence du « symptôme acouphène », les jeunes sont très peu conscients de ses risques évolutifs potentiels. Ceci se traduit par un manque de motivation pour recourir aux protections auditives ou réduire leur temps d’exposition au bruit ou se faire suivre sur le plan audiologique. C’est le constat de ce cercle vicieux qui motive Tanit Ganz pour poursuivre ses efforts d’information et de prévention de la perte auditive auprès des jeunes. Elle plaide ainsi pour des campagnes de sensibilisation à grande échelle, ciblées sur les adolescents et incluant parents et enseignants, pour mettre en place une véritable politique de prévention des atteintes ultérieures des voies auditives périphériques et centrales.

Cette présentation a particulièrement attiré l’attention de la célèbre chaîne de télévision brésilienne TV Globo, et des journalistes de l’édition brésilienne d’Audiology infos.

Sarah Rabau, porte-parole du service hospitalo-universitaire d’ORL d’Anvers, a elle aussi souligné la forte incidence des acouphènes chez les adolescents et les jeunes adultes, de même que le manque évident de prévention. Cette équipe focalise notamment ses recherches sur la forte association qui existe entre hyperacousies et acouphènes, tant temporaires que permanents, et a récemment réalisé une étude en deux parties. Dans une première phase, un questionnaire sur les symptômes induits par le bruit a été adressé à des étudiants d’une université.

Sur les 4 000 réponses recueillies, il apparaît que les trois quarts des jeunes avaient déjà présenté des acouphènes temporaires après avoir été exposés à la musique forte et qu’ils étaient déjà près de 20% à en souffrir en permanence. Pour autant, interrogés sur la possibilité de se protéger, les jeunes adoptaient une attitude généralement passive, avec seulement 5% de sujets se disant prêts à adopter de telles habitudes.

Dans un second volet, un bilan audiologique complet incluant notamment des otoémissions et un questionnaire standardisé d’hyperacousie (HQ) a été réalisé chez 80 étudiants âgés en moyenne de 22 ans. Les résultats montrent que près d’un étudiant sur cinq présente une hyperacousie avec des seuils significativement altérés à 4 et 6 kHz, 15% souffrent d’acouphènes permanents et 62,5 % d’acouphènes transitoires après exposition au bruit. L’hyperacousie s’est avérée fortement corrélée à la présence d’acouphènes permanents.


Ce travail a également mis en évidence l’intérêt des otoémissions 1 dans l’évaluation des acouphènes à la phase initiale, avec une diminution significative des otoémissions transitoires (TEOAE) à 2,8 kHz et des produits de distorsion (DPOAE) à 6 kHz.

carrevert Acouphènes, hyperacousie, misophonie... ajuster les protocoles de TRT

« Un sujet d’importance dans la prise en charge du patient acouphénique, mais qui reste encore relativement sous estimé », déclare Pawel Jastreboff lorsqu’il évoque la diminution de la tolérance sonore (DTS). Pour le professeur d’ORL à l’université Emory d’Atlanta, la DTS est définie par la présence de réactions indésirables - de type inconfort, irritabilité ou douleur - lors de l’exposition à des bruits de la vie quotidienne qui n’entraînent pas de telles réactions chez l’auditeur moyen. La DTS peut être isolée ou coexister avec d’autres plaintes, comme les acouphènes.

Elle est la conséquence d’une hyperacousie, d’une misophonie 2 ou de la combinaison de ces deux entités. « Nos résultats, qui s’additionnent aux informations issues de la littérature, indiquent que la DTS nécessitant un traitement a une prévalence d’au moins 1,5% en population générale et qu’elle est présente chez plus de 60% des patients acouphéniques », a précisé le professeur Jastreboff.

L’impact de la DTS sur la vie quotidienne des patients peut être très important et se conjuguer avec celui des acouphènes. « Les patients atteints évitent de se trouver dans des environnements bruyants et la DTS limite leur participation à de nombreuses activités de la vie quotidienne. Certains signalent une douleur physique, une forte gêne, une peur et développent anxiété et dépression. Dans les cas extrêmes, la DTS prend littéralement le contrôle de la vie des patients ». Comme les acouphènes, l’hyperacousie et la misophonie peuvent être traitées avec succès par la TRT, mais nécessitent des protocoles bien spécifiques.

Pour la misophonie, il s’agira par exemple de travailler à la création d’associations entre une variété de sons et quelque chose de positif. « Bien que la réaction des patients au son soit la même, il est fondamental de poser un diagnostic correct entre hyperacousie et misophonie, car les mécanismes qui sous-tendent ces deux phénomènes sont différents, tout comme leurs traitements », a assuré le père de la TRT.

carrevert Implant cochléaire, acouphènes et qualité de vie

« L’implant cochléaire (CI) a une influence positive sur la qualité de vie et sur le stress et les comorbidités psycholo- giques liés aux acouphènes ; il peut être utilisé avec succès chez des patients présentant des acouphènes sévères associés à une surdité unilatérale ou à un déficit auditif asymétrique », a déclaré Ulrike Förster, ORL à l’hôpital universitaire de la Charité à Berlin.

Cette conclusion est basée sur les résultats d’un essai clinique prospectif mené par son équipe de 2010 à 2012 sur 31 adultes, âgés de 54 ans en moyenne, avec un suivi d’au moins six mois après implantation ; 80% d’entre eux souffraient d’acouphènes sévères avant l’implantation et une amélioration post-procédure a été observée dans les trois quarts des cas. Et l’implant cochléaire a démontré son effet positif mêmechezcespatientssévèrementtouchésparlestress, l’anxiété et les symptômes dépressifs.

carrevert Quelle place pour la stimulation transcrânienne ?

« L’idée de cet essai clinique est de combiner deux techniques différentes de prise en charge des acouphènes et de voir si cette association peut être plus efficace et plus rapide pour faire disparaître les acouphènes », a expliqué l’audiologiste Giriraj S. Shekhawat, présentant une nouvelle étude en provenance de l’École de santé communautaire de l’Université d’Auckland, en Nouvelle-Zélande.

Cette équipe a évalué le rôle de la stimulation électrique transcrânienne en courant continu (tDCS) de l’aire temporo-pariétale gauche en association au port d’une aide auditive pour la prise en charge des acouphènes. Quarante patients acouphéniques chroniques depuis au moins deux ans ont été randomisés, 20 bénéficiant de l’intervention et 20 témoins. « Après trois mois d’utilisation des aides auditives – non accompagnée de counseling pour les acouphènes –, nous avons observé une amélioration significative des acouphènes, indépendante de la tDCS. Mais cela ne signifie pas que la tDCS n’est pas efficace pour préparer le cerveau à la thérapie sonore. D’autres travaux sont nécessaires pour confirmer que la tDCS pourrait réduire le délai d’obtention d’un bénéfice maximal des aides auditives », a conclu l’orateur.

1  Otoémission : vibrations de nature sonore générées par les mouvements des cellules ciliées externes, situées le long de la membrane basilaire cochléaire. (© Wikipédia)

2  Misophonie : « haine des sons » ensemble de réactions négatives et fortes à certains sons (©Jastreboff)

 

carrevert Le professeur Pawel Jastreboff répond aux questions de notre correspondante, Kristin Suleng

 

Professeur Pawel Jastreboff Professeur Jastreboff Père de la TRT (Tinnitus Retraining Therapy)

K. S. : Quel regard portez-vous sur l’efficacité de la TRT après plus de 20 ans de recherche sur les acouphènes ?

P.J. : J’ai vu plus de 2000 patients depuis 1990, et mes résultats indiquent que plus de 80 à 90% de personnes présentent une amélioration statistiquement significative et cliniquement pertinente. Mais mon regard n’est pas le plus important : il existe près d’une centaine de publications d’autres équipes démontrant l’efficacité de la TRT, dont des études menées sur 3 ou 5 ans. Ces résultats à long terme sont très intéressants, montrant que le bénéfice de la prise en charge perdure au fil des ans et qu’il est possible d’observer des améliorations notables.

K. S. : Quels sont les principaux défis actuels de la TRT ?

P. J. : Le défi majeur de ce traitement est d’adapter correctement le counseling (conseil thérapeutique dirigé). Le second est l’appareillage. En effet, 70 à 80% des acouphéniques présentent une perte auditive associée. Ces patients ont besoin de matériels efficaces, comme des solutions combinées associant aides auditives et générateurs de sons. Mais le prix et l’accès à ses solutions restent un problème pour les patients !

 

TINNITUSSIMO 82 - 4e TRIMESTRE 2013