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Grand corps malade concerné par les acouphènes

Extrait de l'article publié le 05/02/2018 sur https://www.uneoreilleavertie.com

 
 
Un titre étrange ? Non pas, il sera simplement question de la dernière chanson de Fabien Marsaud, plus connu sous le nom de Grand Corps Malade (GCM).

GCM

Etrange nom de scène inspiré par sa taille 1m96 et surtout par sa béquille qui ne le quitte pas. Sportif de haut niveau, destiné à une carrière pro de basketteur, il doit sa reconversion artistique à un accident de piscine survenu à l’âge de 20 ans qui a provoqué une paralysie de ses jambes pendant 2 longues années.
 

 Acouphènes


Le titre “Acouphènes” montre la constance de sa sensibilité pour la différence. Cet artiste connait bien les bouleversements de vie personnels et professionnels des personnes atteintes dans leur corps, avec une audition défaillante pour cette chanson..
 
ACOUPHÉNES
Bonjour docteur. J'viens vous voir parce que...
Je l'ai jamais trop raconté, mais...
Mais j'ai des bruits chelous dans la tête...
Efin, dans la tête...dans... dans les oreilles, quoi...
Ça fait longtemps, en fait, ça...
Ça arrive d'un seul coup, puis ça revient assez régulièrement
Et puis c'est des bruits, enfin...
Comme des trucs que j'connais déjà...
Et, du coup, c'est très bizarre, tout s'mélange un peu
C'est... j'sais pas comment dire,
J'entends comme des...
Par exemple...

J'entends Brassens sur un vinyle, "Chanson pour l'auvergnat"
J'entends l'accent d'ma grand-mère quand elle chantait "Ramona"
J'entends les voix d'mes parents, de celles qui rassurent
J'entends ma plume sur un papier, et les premières ratures
J'entends Maguy à la télé qui sonne la fin du week-end
J'entends ma mère, pour me bercer, qui vient chanter "Göttingen"
J'entends la sérénité, la quiétude et l'harmonie
J'entends mon premier texte qui parle de famille unie
J'entends ma sœur dans sa chambre qui écoutait les Cure
J'entends nos cris d'enfants quand on sortait dans la cour
J'entends la sonnerie du collège qui annonce la fin d'l'heure
J'entends toujours beaucoup plus de fous rires que de pleurs
J'entends les portes du métro et la cohue d'la ligne treize
J'entends l'accent des clandos qui vendent des frites/merguez
J'entends les piliers d'bars qui philosophent et théorisent
J'entends le clocher d'la mairie qui sonne le temps des cerises

Est-ce que c'est grave, docteur, tous ces bruits dans mon esprit ?
Est-ce un trop plein d'souvenirs et mon cerveau qui réagit ?
Est-ce que ça doit m'faire peur ? En fait, je pense que j'ai compris
Tous ces murmures, c'est juste des acouphènes de nostalgie

J'entends les break-beats à l'ancienne et les premiers phrasés hip-hop
J'entends les bombes de peinture, j'voulais taguer avec mes potes
Mais j'entends leurs ricanements devant mes tags pathétiques


J'suis retourné faire du sport, j'avais un art plus athlétique
J'entends des terrains en parquet, des ballons qui rebondissent
Des clameurs en paquets et des semelles qui crissent
J'entends siffler les arbitres et chanter dans les vestiaires
J'entends gueuler l'entraîneur, comme si le match était hier
J'entends les vannes les plus folles sur les playgrounds de Marville
Les champions d'France de Chambrette habitaient tous dans ma ville
Sur ces terrains en bitume, j'ai usé tellement d'semelles
J'pouvais jouer au clair de lune et, ça, sept jours par semaine
J'entends le bel accent corse chaque été, loin d'la grisaille
J'entends des chants polyphoniques au lever du jour à Morosaglia
J'entends trinquer les Moresques et tous ces liens qui se soudent
J'entends qu'on m'appelle "fradé", j'entends "pace e salute"

Est-ce que c'est grave, docteur, tous ces bruits dans mon esprit ?
Est-ce un trop plein d'souvenirs et mon cerveau qui réagit ?
Est-ce que ça doit m'faire peur ? En fait, je pense que j'ai compris
Tous ces murmures, c'est juste des acouphènes de nostalgie

Je n'm'inquiète pas, docteur, de tous ces drôles d'acouphènes
Quand ils arrivent, je les écoute, je les accueille et j'les aime
Le passé ne me hante pas mais j'oublie pas ses caprices
J'n'ai pas peur de ré-ouvrir deux ou trois cicatrices
Ça y est, je ne crains plus tous ces beaux acouphènes
Quand ils arrivent, je les écoute, je les accueille et j'les aime
Ils sont les codes de mon histoire, c'est comme un écho apaisant
Ils forment un rythme, une mélodie et ils font danser mon présent